La Kallocaïne
La Kallocaine (1940) est directement inspiré par Nous autres (1920) de Ievgueni Zamiatine et Le Meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley, eux-mêmes inspirés parQuand le dormeur s’éveillera (1899), de H.G. Wells, et Le Talon de fer (1907), par Jack London. Peut-être plus que tous ces romans cités, La Kallocaïne a servi d’inspiration majeure à George Orwell pour son 1984 (1949).
Ce roman est donc d’une très grande importance dans l’histoire de la
littérature dystopique
Le roman raconte l’histoire de Leo Kall (le narrateur), un chimiste qui a
mis au point la Kallocaïne, une drogue qui place celui qui la prend
dans un tel état de confiance qu’il ne peut plus dire autre chose que la
vérité. Il semble à Leo Kall que son invention permettra à « l’état
mondial » de confondre les criminels et les traîtres. La société future
décrite par Karin Boye a atteint un degré de paranoïa quasiment absolu :
personne n’a confiance en personne, chacun craint que son conjoint, ses
enfants ou ses collègues le dénoncent. Les murs ont des oreilles et des
yeux — littéralement, puisque les appartement sont équipés de micros et
de caméras — et chaque foyer est hanté par une aide ménagère elle aussi
chargée de rapporter toute activité suspecte. La plus infinitésimale
des déviances politiques est sanctionné par l’obligation de procéder à
une auto-critique radiophonique. Enfin, même la géographie est une
donnée secrète et chacun ignore tout des contours de son pays et de la
localisations des autres villes que celles où il réside.
Leo Kall n’a aucun doute sur la validité du système dans lequel il vit, qu’il considère comme seule forme de civilisation véritable, opposé à une époque historique primitive d’individualisme et à un autre système, celui de « l’état voisin », dont personne ne sait rien si ce n’est qu’il est en guerre avec « l’état mondial ». Kall est obsédé par Edo Rissen, son supérieur, un homme doux qu’il soupçonne d’être l’amant de sa femme. On comprend vite que ce soupçon infondé est motivé par une forme d’admiration inconsciente envers Rissen qui, par ses regards, ses gestes, semble détenir une connaissance ou une sérénité que les autres n’ont pas.
Leo Kall n’a aucun doute sur la validité du système dans lequel il vit, qu’il considère comme seule forme de civilisation véritable, opposé à une époque historique primitive d’individualisme et à un autre système, celui de « l’état voisin », dont personne ne sait rien si ce n’est qu’il est en guerre avec « l’état mondial ». Kall est obsédé par Edo Rissen, son supérieur, un homme doux qu’il soupçonne d’être l’amant de sa femme. On comprend vite que ce soupçon infondé est motivé par une forme d’admiration inconsciente envers Rissen qui, par ses regards, ses gestes, semble détenir une connaissance ou une sérénité que les autres n’ont pas.
En effectuant des tests sur des volontaires, Kall et Rissen découvrent
que tout citoyen a quelque chose à cacher. Les « sacrifiés volontaires »
(premiers sujets d’expérience) n’aiment pas leur condition, les époux
se veulent du mal, certaines personnes voudraient en tuer d’autres, etc.
Ils découvrent aussi une forme de conspiration menée par de simples
particuliers qui essaient de ne plus vivre dans la crainte des autres et
qui ont mis au point un rituel : faire semblant de dormir paisiblement
alors qu’un de leurs pareils, un couteau dans la main, pourrait bien les
tuer.
Je vais me retenir de raconter tout le livre, disons juste qu’il se
dévore et qu’il est d’une grande efficacité narrative. La psychologie de
Kall, qui ne s’avoue ni ses doutes ni ses angoisses, qu’il projette sur
Rissen, est parfaitement campée et le récit parvient à rendre de
manière très crédible le sombre futur qu’il annonce. Il faut dire que
Karin Boye, marquée à la fois par le contexte luthérien dans lequel elle
a grandi et par son engagement socialiste (trait commun à de nombreux
auteurs de dystopies classiques), avait été fortement ébranlée dans ses
convictions par un voyage effectué en Union Soviétique en 1928. Il n’est
sans doute pas inopportun de remarquer aussi que le livre a été écrit
au moment même où l’Allemagne nazie conquérait l’Europe.
Au delà de son lien à l’histoire et à la politique, La Kallocaïne porte des réflexions très actuelles sur les questions de vie privée, de transparence, de surveillance et de confiance, qui sont au centre du rapport que les citoyens de 2011 entretiennent avec les états dans lesquels ils vivent, de Pékin à Götteborg, depuis l’émergence des télécommunications de masse.
Au delà de son lien à l’histoire et à la politique, La Kallocaïne porte des réflexions très actuelles sur les questions de vie privée, de transparence, de surveillance et de confiance, qui sont au centre du rapport que les citoyens de 2011 entretiennent avec les états dans lesquels ils vivent, de Pékin à Götteborg, depuis l’émergence des télécommunications de masse.

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