Luis Bunuel /L'Age D'Or 1930






L'Age d'or (1930)
 
Film français
Durée : 1h02
Scénario : Luis Bunuel et Salvador Dali
Avec Gaston Modot, Max Ernst, Lya Lys, Lionel Salem…



L’Âge d’or est généralement considéré comme une suite du film Un chien andalou. Plutôt qu’une suite, disons plus justement qu’il s’agit d’un film qui s’inscrit dans la même logique. C’est à dire : aucune logique. Le scénario est une nouvelle fois signé Luis Bunuel et Salvador Dali, sauf que cette fois on remarque quelque chose qui ressemble à un véritable récit, illustré par deux personnages dévorés par une passion dévastatrice. Comme c’était déjà le cas dans le film précédent, le but affiché est de présenter une suite d’images suscitant de vives réactions. Sauf que cette fois on utilise le surréalisme pour choquer et donner libre court à une provocation omniprésente dans la filmographie de Bunuel.
Tantôt un brûlot anticlérical (la spécialité du réalisateur), tantôt une satire de l’aristocratie visiblement pas encore sortie de la décadence et de l’esprit « fin de siècle », le film nous présente deux personnages qui s’inscrivent clairement hors des marges prédéfinies par la société. Une société qui ne fait aucun cas d’une bonne en train de crever à ses pieds au profit des derniers potins. Lui frappe les chiens et les aveugles à coups de pied quand il ne gifle pas les femmes de la « bonne société », elle s’échappe du carcan mondain pour sucer des pieds de statues, rouler des pelles à son père ou se faire culbuter par son amant.
Jalonné de séquences sans aucun rapport apparent avec le récit (le documentaire sur les scorpions ou bien le chasseur bredouille tirant par deux fois sur son fils), ce tableau d’un amour bestial au sein d’une société qui se dévore elle-même, à travers une mise en scène instinctive souvent proche de la parataxe, subjugue par le pouvoir de fascination qui se dégage de ces images. Le film se clôture sur l’histoire du Duc de Blangis et de ses adeptes s’abandonnant aux orgies 120 jours durant dans le château de Selliny, histoire dont le dernier plan est celui d’une croix souillée. Autant d’éléments qui, même s’ils pouvaient paraître choquants et provocateurs en 1930, n’en expliquent pas pour autant le sort réservé au film : émeutes devant le cinéma le projetant, interdiction totale après une semaine d’exploitation puis disparition pure et simple un demi siècle dans les oubliettes de la censure. Raison de plus en tout cas pour le redécouvrir aujourd’hui.

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