LE POTLATCH DE MARCEL MAUSS À GEORGES BATAILLE



Le potlatch de Mauss à Bataille : la formule annonce bien ce dont il va être question. De la riche histoire des conceptualisations et des analyses de la célèbre institution dupotlatch ou de l’échange don, mise en lumière pour la première fois chez les Kwakiutl du Nord-ouest américain par Franz Boas dans les années 1880, de cette histoire donc, ne vont être retenus ici que le passage et l’inflexion opérés de l’approche de Marcel Mauss à celle de Georges Bataille, passage et inflexion envisagés plus  précisément à partir de deux ouvrages : l’ Essai sur le don et La Part maudite.
En 1949, au terme d’un travail dont il annonce qu’il lui a demandé dix-huit ans d’une méditation continue, G. Bataille publie La Part maudite, ouvrage dans lequel il propose une perspective radicalement nouvelle sur les phénomènes économiques concernant indistinctement la nature et la société. Livre dense et efficace, La Part maudite s’ouvre par une « introduction théorique » présentant de façon brutale le sens et les lois d’uneéconomie générale qui doit réaliser, pense Bataille, « un changement copernicien : la mise à l’envers de la pensée — et de la morale » : aux conceptions raisonnables d’un monde social conforme à ses comptes, régi par le principe de l’intérêt bien compris et du primat de la production sur la consommation, qui définissent la perspective classique de l’économie restreinte, l’économie générale oppose l’idée que la dépense improductive prime en société sur la production et affirme qu’un mouvement inéluctable voue périodiquement les sociétés au jeu de la dilapidation des richesses. Ce mouvement inexorable d’exsudation, qui s’exprime socialement dans les fêtes, les sacrifices des sociétés archaïques, mais aussi les guerres planétaires, phénomènes subis de dépense catastrophique, est d’ailleurs ce dontl'économie générale s'autorise pour prescrire, à coté des opérations économiques ordonnées aux impératifs de production, des opérations économiques volontairement déficitaires, organisant collectivement la consumation glorieuse des richesses excédantes. Là ne s’arrêtent pas toutefois les thèses de La Part maudite : faisant valoir l’hypothèse de la dépense improductive à l’échelle de l’univers, l’économie générale, de façon insolite, donne la conception métaphysique d’une nature en perpétuelle effervescence, où les êtres individués seraient périodiquement emportés dans une bacchanale du monde, mis en jeu dans leurs limites et forcés de prodiguer leur être.
 Une fois présentée en substance la perspective d’économie générale, l’ouvrage se poursuit par l’exposé de données historiques qui ont pour fonction de rendre sensible la vérité de la dépense montrée à l’œuvre dans un ensemble de figures saillantes de l’histoire des sociétés : sociétés de consumation, sociétés d’entreprise militaire et religieuse et société industrielle.
Or, cet ouvrage, Bataille avoue lui-même qu’il est né de la rencontre décisive avec la pensée sociologique de Marcel Mauss. C’est la confrontation à la pensée de Mauss et la méditation profonde des résultats de ses études sur les sociétés archaïques et l’institution dupotlatch qui ont impulsé et nourri sa réflexion économique, réflexion dont on trouve les balbutiements dans le Dossier de l’Oeil pinéal de 1930, puis la maturation au fil de La notion de dépense, article de la Critique Sociale de 1933 marqué par l’engagement de Bataille au  Cercle communiste démocratique de Boris Souvarine, puis d’un important corpus de notes et fragments datés de 1939 à 1945 et consignés sous le titre La Limite de l’utile. Dans la note n°9 de La Part maudite, Bataille annonce lui-même: « Puis-je indiquer que la lecture de l'Essai sur le don est à l'origine des études dont je publie les résultats aujourd'hui? En premier lieu, la considération du potlatch m'amena à formuler les lois de l'économie générale. » [1] Assurément, l'Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, paru dans l'Année sociologique 1923-1924, tant par l'originalité de sa thématique (le potlatch ou échange-don) que par ses innovations méthodologiques (le concept sociologique de fait social total) constitue un ouvrage décisif pour appréhender sous un jour radicalement nouveau l'ensemble des phénomènes économiques en société. Non seulement en effet, l'analyse des modalités et des raisons de l'échange dans les sociétés archaïques fait apparaître que le don solennel, la dépense ostentatoire et non le pur calcul d'intérêts sont les formes par lesquelles s'y effectue le contrat. Mais bien plus, dépassant en cela la simple curiosité ethnologique, elle établit que le phénomène du potlatch possède une signification sociale principielle dans la mesure où il permet d'appréhender directement la manière selon laquelle le lien social vient à se tisser entre les hommes.
Ainsi l'Essai sur le don découvre, enracinés dans la profondeur même du lien de la socialité, les principes enfouis mais toujours actifs d'une tout autre morale économique, principes qui, à la fois, sous-tendent, hantent et portent notre économie rationalisée, utilitaire et productiviste tout en étant par elle relégués et d'ordinaire rendus insoupçonnables. Or, parce que la libéralité exacerbée et la générosité rageuse de la dépense ostentatoire à l’œuvre dans le potlatch constituent cette morale économique, on serait tenté de penser que Bataille s'est directement servi et inspiré des conclusions sociologiques de Mauss pour généraliser ses enseignements en une obscure métaphysique de la dépense à la mesure de l'univers. Mais il n'en est rien. L'étude du phénomène social du potlatch, à laquelle se livre Mauss dans l'Essai sur le don est seulement l'« origine », et non le fondement de la perspective d'économie générale.
Revenant sur l'itinéraire de la démarche intellectuelle qui a donné le jour à La Part maudite, Bataille affirme ainsi dans l'Érotisme: « Dans La Part maudite, j’ai très longuement exposé le contenu de l'Essai sur le don où j'ai vu sinon la base d'une conception nouvelle de l'économie, du moins le principe de l'introduction d'un nouveau point de vue. » [2] Si l’analyse sociologique de l’institution du potlatch par Mauss ouvre à un point de vue plus compréhensif sur les phénomènes économiques en société, et, à ce titre fait logiquement l’objet d’un long exposé dans La Part maudite, elle ne fournit pas encore la base à partir de laquelle pourra être développée une nouvelle vision de l’économie. Autrement dit, pour parcourir rigoureusement le chemin de pensée qui mène à la perspective d'économie générale et pour se donner accès à la compréhension du mouvement de dépense qui anime l'être en général, il faut certes être attentif au fait que la pensée de Bataille prend sa source dans la sociologie, mais qu'elle s'écrit hors-champ, dans la marge que cette science ouvre en révélant le point aveugle de toute science: la compréhension sociologique du phénomène social du potlatch, dans lequel l'échange est vécu comme perte somptuaire des objets cédés est bien la voie royale pour comprendre les lois de l'économie générale. Mais elle n'y ouvre pas d'elle-même. Certes l'échange don est un phénomène humain privilégié qui recèle une signification forte pour Bataille dans la mesure où, d'une certaine manière, il manifeste ou actualise la vérité du mouvement bouillonnant d'exsudation qui anime la vie des sociétés. Mais tel quel, en tant qu'il est un phénomène ambigu de dépense sur lequel s'est greffé un processus d'acquisition, lepotlatch est un fait humain flou, embrouillé ou amphigourique, qui révèle autant qu'il cache, qui masque autant qu'il dévoile la vérité économique profonde; vérité économique profonde à laquelle on ne saurait donc accéder directement et simplement par l'étude sociologique du phénomène du potlatch alors qu'il constitue la manifestation gauchie, altérée et donc obscurcie du mouvement fondamental de la dépense. En ce sens, non seulement l'étude sociologique de l'Essai sur le don ne permet pas par elle-même et directement d'accéder au point de vue de l'économie générale, mais bien plus, et pour cette raison, elle ne donne pas la signification profonde du potlatch. Bataille avertit ainsi au point II-2-4 de La Part maudite, intitulé « Théorie du potlatch »: « Il serait vain, en fait, d'envisager les aspects économiques du potlatch, sans avoir auparavant formulé le point de vue défini par l'économie générale. » [3] Si l'étude sociologique du potlatch constitue le principe heuristique d'un nouveau point de vue, c'est bien qu'il met sur la voie de la vérité. Mais cette vérité se situe au-delà d'elle. A partir de la lumière jetée sur le phénomène social de l’échange don par l’étude sociologique de Mauss, Bataille développe dans La Part maudite une véritable élucidation de surenchère ou élucidation de contrepartie qui investit ce phénomène social d’un sens inédit, et répond ainsi à l’œuvre de Mauss, qui l’avait tant impressionné, par une sorte de potlatch par livre interposé. Bien plus qu’un simple travail d’exposition ou de présentation de l’Essai sur le don, la « Théorie du potlatch » de Bataille livre une interprétation de ses résultats.
Il n’est donc peut-être pas tout à fait inutile d’étudier le déplacement opéré dans l’analyse du potlatch de Mauss à Bataille si l’on souhaite se ménager l’accès à ce point de vue plus large sur les phénomènes économiques en société. On tient en effet, avec ce déplacement théorique, de l’aveu même de Bataille, le noyau autour duquel son maître ouvrage s’est développé. Nous commencerons tout d’abord par restituer l'enseignement général de l'Essai sur le don pour montrer ensuite comment la pensée de Bataille le déborde dans le mouvement même par lequel elle trouve à l'approfondir.


1.Présentation synthétique générale de l'Essai sur le don de Marcel Mauss
a) Le don au fondement de l'échange dans les sociétés archaïques

De façon générale donc, le phénomène social qui fait l'objet de l’étude par Marcel Mauss est l'échange par don et contre-don, l'échange accompli sous la forme de cadeaux faits et obligatoirement rendus, échange dont on peut observer la pratique effective dans un grand nombre de sociétés archaïques. L'ensemble des phénomènes de l'échange don présente dans ces sociétés un certain nombre de déterminations permanentes communes dont le rassemblement et l'articulation dans un système épuisant la totalité de leurs aspects constitue le préalable nécessaire à leur compréhension. Ce système, auquel Mauss donne le nom de « système des prestations totales », présente trois caractéristiques fondamentales de l'échange. Tout d'abord, contrairement à nos pratiques, l'échange ne se produit pas au cours d'un marché opposant des individus: ce sont des collectivités, des personnes morales (clans, tribus, familles) qui « s'obligent entre elles, échangent, contractent. » [4] De plus, la nature des biens échangés excède tout à fait les biens et les richesses, les choses utiles économiquement: « ce sont avant tout des politesses, des festins, des rites, des services militaires, des femmes, des enfants, des danses, des fêtes, des foires dont le marché n'est qu'un des moments et où la circulation des richesses n'est qu'un des termes d'un contrat beaucoup plus général et beaucoup plus permanent. » [5] Enfin, point sûrement le plus important, en dépit du caractère volontaire, libre et gratuit qu'affichent ou qu'affectent les personnes qui cherchent ainsi à se témoigner leur libéralité, les prestations et contre-prestations engagées sont rigoureusement obligatoires, sous peine de guerre privée. C'est d'ailleurs cette obligation s'exerçant sur l'individu dans sa tribu, ou sur la tribu dans un ensemble plus vaste, qui donne prise, à première vue, à l'analyse sociologique; la contrainte ou la coercition exercée sur l'individu constituant en règle générale le ressort méthodologique de l'objectivation des phénomènes sociaux en faits sociaux ou choses sociales. [6]
Plus précisément maintenant, l'attention de Mauss se concentre dans l'Essai sur le don sur une forme spécifique du système des prestations totales, le système des prestations totales de type agonistique dont il étudie, selon une échelle d'intensité et de pureté croissantes les manifestations graduées sur trois aires successives: la Polynésie (sociétés Maoris), la Mélanésie (Trobriandais) et le Nord-ouest américain (sociétés Haïda, Tlinkit, Tsimshian et Kwakiutl). Le potlatch se distingue du système des prestations totales par l'élément de rivalité dans l'échange auquel il donne lieu ainsi que par l'obligation du caractère usuraire de la contre-prestation. Dans le potlatch, les partenaires se défient, se provoquent et s'affrontent à coup de dons, et dans cette lutte, on ne se délivre jamais de la mise en demeure que représente le don-défi du partenaire qu'en donnant toujours plus, qu'en cherchant à aplatir l'adversaire en retour par un présent plus somptueux. Ainsi, dans des moments de la vie sociale caractérisés par l'effervescence électrique et l'ambiance survoltée de la fête, les partenaires s'affrontent par l'échange et sont engagés, en dépit du détachement et de la gratuité affichés, dans une véritable guerre de propriété: rivalisant de générosité, se défiant et s'obligeant par des dépenses toujours plus folles. L'étude de Mauss trouve ainsi son point culminant dans la présentation de la forme paroxystique dupotlatch pratiqué dans les sociétés du Nord-ouest américain: dans les tribus Haïda et Tlinkit par exemple, il ne s'agit même plus de donner mais de détruire devant le partenaire afin de montrer sa supériorité.
 Or, cette rivalité dans les dons échangés s'explique certes par des croyances de type animiste. Chaque chose donnée étant quelque chose du donateur, et donc une partie de sa substance, animée en tant que telle par son esprit ( le « hau » des Maoris ), on comprend que le don accepté expose le donataire à une prise magique dont le présent est le vecteur: rendre le don reçu par un présent de revanche plus somptueux, c'est se dégager de l'emprise spirituelle magique du partenaire. Mais si le potlatch donne lieu à une lutte si acharnée, c'est qu'en lui se conquiert et se perd aussi le prestige, l'honneur, le « mana », c'est-à-dire la « face » qu'on se fait reconnaître devant les autres par la mise en jeu de soi dans le don et la dépense. Le don de rivalité est ce ressort social exceptionnel par lequel, en se dépensant sous le regard des autres et contre eux, on se situe socialement par rapport à eux en acquérant un rang. Et c'est le rang, bien que toujours précaire car toujours menacé d'être affaibli ou ébranlé par une manifestation plus glorieuse de générosité, c'est le rang qui devient source de richesses en obligeant les partenaires à s'efforcer de prendre leur revanche.
On comprend en quoi la morale renversante qui sous-tend les phénomènes économiques des sociétés archaïques étudiées par Mauss a pu se révéler à Bataille comme un point de départ pour l'introduction d'une nouvelle perspective économique. En dévoilant au fondement des échanges effectués dans les sociétés archaïques le don, la libéralité, la dépense improductive, elle relativise et ébranle l'autorité communément reconnue à la logique de l'intérêt bien compris pour expliquer les phénomènes de l'échange. Le calcul froid, l'intérêt qui orchestrent et animent les échanges dans notre économie ne peuvent plus être considérés comme les seuls ressorts de la circulation des richesses entre les hommes. Mauss déclare en ce sens: « Ainsi une partie de l'humanité relativement riche, travailleuse, créatrice de surplus importants a su et sait échanger des choses considérables sous d'autres formes et pour d'autres raisons que celles que nous connaissons. » [7]
Toutefois, à en rester à cette conclusion livrée en passant dans le corps du texte, on manquerait sans doute l'enseignement le plus important de l'Essai sur le don, faute de mesurer la portée ou la signification économique profonde que le phénomène du potlatchrecèle. Certes, le potlatch nous donne bien accès aux ressorts sociaux d'une économie radicalement différents de ceux de notre économie. Et alors, pourrait-on se dire, ne s'agit-il pas là d'une simple curiosité ethnologique illustrant — s’il en est encore besoin — la thèse du relativisme socioculturel ? Ne succomberions-nous pas à la séduisante poésie dupotlatch en accordant une valeur plus fondamentale au don, à la dépense ostentatoire qu'à l'intérêt bien compris qui régule les échanges en notre société? Autrement dit, au-delà de ses enseignements ethnologiques ponctuels circonstanciés et situés sur les sociétés archaïques, l'étude du potlatch peut-elle en toute légitimité prétendre révéler une vérité générale et universelle sur la société, sur toute société et partant sur l'homme? Mauss le pense puisqu'il affirme que le phénomène de l'échange don est un de ces phénomènes sociaux totaux à partir desquels on touche « un des rocs humains sur lesquels sont bâties nos sociétés. » [8]


b) Fait social total et normativité du don

Le phénomène de l'échange don n'est en effet ni réductible à une chose sociale figée ou statique ni à un fait social parmi d'autres que le sociologue appréhenderait depuis le relevé d'une contrainte transcendante à l'individu et s'exerçant sur lui de manière totalement extérieure. Le potlatch est au contraire un phénomène exceptionnel par lequel peut être appréhendé dans sa totalité dynamique le moment où le lien social vient à se nouer entre les hommes. Il est total en ce sens qu'il ne relève pas d'une obligation donnée toute faite par laquelle il serait cristallisé ou solidifié en une chose sociale objectivée, mais dévoile l'obligation en train de se faire ou de prendre dans le mouvement même par lequel les hommes se défient et s'obligent à la fois à coups de dons. Considéré sous les trois formes d'obligations qu'il met en jeu (obligation de donner, obligation de recevoir et obligation de rendre qui vont ensemble et ne peuvent être isolées les unes des autres qu’abstraitement), considéré donc comme un ensemble de choses sociales en mouvement, le phénomène du don permet d'accéder à une structure permanente de la socialité sur laquelle se trame l’ensemble des aspects de la vie sociale. En conclusion, Marcel Mauss précise ainsi en ces termes l'enseignement méthodologique inséparable de l'étude concrète du phénomène étudié: « Nous avons vu des sociétés à l'état dynamique, ou physiologique. Nous ne les avons pas étudiées comme si elles étaient figées, dans un état statique ou plutôt cadavérique, et encore moins les avons-nous décomposées et disséquées en règles de droit, en mythes, en valeur et en prix. C'est en considérant le tout ensemble que nous avons pu percevoir l'essentiel, le mouvement du tout, l’aspect vivant, l'instant fugitif où la société prend, où les hommes prennent conscience sentimentale d'eux-mêmes et de leur situation vis-à-vis d'autrui. » [9] Parce que le phénomène dupotlatch permet d'appréhender en sa vie intime, de façon synthétique et organique les battements du coeur de la socialité, parce qu'il dévoile le jeu vivant des obligations par lesquelles le lien social vient à l'être, il possède une dimension principielle ou archéologique pour toute société. Ainsi, la morale du don survit sous les formes de l'échange économique les plus contraires à son expression spontanée car elle est éternelle. Que les phénomènes du don dans nos sociétés soient marginalisés et cantonnés à la sphère privée comme des pratiques périphériques fantomatiques ne les empêchent pas d'être notre vérité.
On ne saurait ici trop insister sur l'importance de l'innovation méthodologique inséparable de l'étude sociologique concrète du potlatch. Que le phénomène du don soit total, nous dévoilant un ressort secret de la socialité, permet seul de comprendre de quel droit Bataille, en réinsérant le phénomène du potlatch dans l'histoire des figures sociales de la dépense, puisse prétendre traiter de l'homme essentiellement, de l’homme ainsi appréhendé d'un coup génériquement dans le tout social. C'est précisément parce que cet ancrage archéologique social du potlatch permet de poser universellement le don comme principe du lien que tissent les hommes en société que la nécessité de la dépense pourra être considérée comme vérité de tout homme, vérité de tout l'homme. Par là se précise ce qu'entend Bataille par l'homme entier, total ou intégral. L'homme total dont l'économie générale entreprend d'aménager la réappropriation (en visant à faire passer la conscience à la conscience de soi) est total en ce sens qu'il est l'homme intégral pris sans faux-fuyants dans la totalité de ses dimensions, l'homme non mutilé; total aussi en ce sens qu'il ne s’atteint en sa vérité qu'à partir de la vie de ce tout indissoluble qu'il constitue en société, société vis-à-vis de laquelle l'existence séparée de l'homme n'est qu'une abstraction vide dont l'étude ne peut que nous égarer.
Le phénomène du don nous a donc révélé une vérité économique sur l'homme total, vérité non locale ni partielle ou relative mais fondamentale car puisée dès la source, dans la dynamique même du processus organique (la triade du don) par lequel le lien social vient à l'être et irrigue de sa vie, en leur donnant leur consistance propre, tous les aspects de la vie sociale des hommes (esthétiques, religieux, économiques, morphologiques...), aspects que la sociologie a coutume de considérer — chacun pris séparément — desséchés. Et la morale éternelle du don révélée à la source même de la socialité renverse bien la morale traditionnelle sous-tendant les conceptions économiques classiques, pour laquelle l'intérêt et le calcul de l'utilité sont censés régler les échanges économiques. Affirmer la valeur principielle du don signifie bien placer la dépense improductive au fondement de la production, soutenir la priorité logique de la perte ou de la dilapidation des richesses sur leur acquisition. Et pourtant, pour Bataille, ce n'est pas encore pénétrer la vérité économique profonde qui se manifeste dans le potlatch. Certes le potlatch est bien un fait social total qui nous installe au cœur de la socialité, partant, au cœur de l'homme. Mais parce que ce phénomène recèle une étonnante ambiguïté, parce qu'il est le pli résultant de la tension de deux exigences humaines opposées, il convient pour Bataille d'explorer et de se tenir dans son paradoxe sans en aplatir ou en éluder les confuses saillies; car ceci est la condition nécessaire pour en révéler le secret. Voyons à présent, une fois présentée l'étude sociologique du potlatch à l'origine des conceptions de l'économie générale, en quoi sa reprise dans l'analyse de Bataille permet de découvrir sous-tendant ce phénomène économique, le ressort caché qui l'explique.


2.La vérité du potlatch est en son paradoxe

Examinant l'échange don au point II-2-4 de La Part maudite, intitulé « Théorie dupotlatch », Bataille soulève successivement en ce phénomène deux contradictions. L'une se révèle, à l'analyse, apparente, et l'autre, bien réelle, et même constitutive du potlatch, permet d'accéder en arrière du don, à la vérité profonde que ce phénomène social de l’économie n'exprime que de manière sourde parce que gauchie, altérée, faussée.
On pourrait tout d'abord douter, affirme Bataille — ébranlant par là le principe même de l'introduction d'une perspective d'économie générale — que dans l'Essai sur le don, il soit vraiment question de don. Donner signifie en effet dépenser unilatéralement son bien en offrant un présent qui ne soit pas accompagné de contrepartie. Or, justement, l'Essai sur le don établit qu'un don donné doit être obligatoirement reçu mais aussi obligatoirement rendu. Il semble donc saper la réalité économique même du don. Mais allons même plus loin. Parce que le don de contrepartie, en vertu de la dimension agonistique caractéristique du potlatch, doit être rendu avec usure, le premier donateur, bien loin de réellement perdre et dépenser, ne tire-t-il pas sournoisement profit de sa dépense; toutes les manifestations solennelles de libéralité n'étant par là que la mise en scène factice, le paravent voilant à peine la plus hypocrite des « rapines »? Et soulever cette contradiction, n'est-ce pas d'un seul coup faire s'évanouir la nécessité de la dépense prétendument ancrée au cœur de l'homme?
« Cet aspect de contradiction dérisoire est trompeur » [10] affirme Bataille: il tient au fait que nous isolons artificiellement et considérons de façon statique le don offert et reçu, puis le don rendu avec contrepartie sans les réinsérer dans le mouvement de danse, dans le cercle qui leur donne leur sens. Bien loin en vérité que le premier donateur, en donnant, prenne l'ascendant sur le donataire en le forçant à rendre avec usure, et donc tire un bénéfice de l'opération, il s'expose au contraire au défi et à l'obligation qu'implique le don de contrepartie. Le donateur ne jouit pas d'un hypothétique gain issu du don de contrepartie : « Il subit le gain apparent résultant de la différence entre ses cadeaux et ceux qui lui sont rendus. » [11] Ce prétendu gain n'est en réalité que la prise, l'ascendant que le donataire s'est assuré sur le premier donateur en en faisant son obligé. Par ce gain, le premier donateur est mis en demeure de se dépenser plus glorieusement sans qu'il lui soit possible de s'extraire de la ronde indéfiniment prolongée des obligations du potlatch. Le don de rivalité n'est donc pas animé par le désir du bénéfice. Seule l'anime subjectivement la recherche de la plus furieuse et de la plus totale dépense dans la mesure où elles permettent seules de lever l'obligation qui résulte du recevoir.
Le paradoxe était donc apparent. Bien loin que le surcroît que comporte inévitablement le don de contrepartie puisse être considéré comme l'objet de la possession du premier donateur, il est ce par quoi le partenaire le possède, a prise sur lui, le provoque à la dépense. On comprend ainsi pourquoi Bataille écrit: « C'est qu'en vérité, comme je l'ai dit, l'idéal serait qu'un potlatch ne pût être rendu. » [12] Donner solennellement unpotlatch qui laisse le partenaire stupéfait, abasourdi, et dans l'incapacité de répondre par un digne don de retour, c'est l'exposer à être tenu dans une obligation sans terme envers nous, obligation unilatérale dont la gloire qu'on s'est fait reconnaître en éblouissant l'adversaire est le principe. Ce qui est visé dans le potlatch, dans la dépense ostentatoire des richesses, ce n'est certainement pas le bénéfice illusoire que représenterait le surcroît inhérent à tout don de revanche, c'est le rang social, la situation hiérarchique qu'il confère à celui qui, en en imposant par l'extrême générosité de ses dons, s'est imposé.
Toutefois, demandera-t-on, cela ne fait-il pas que déplacer d'un cran le paradoxe dupotlatch précédemment soulevé? Car la dépense ostentatoire assénée dans le don à l'adversaire, en dépit des gestes de libéralité qui l'accompagnent, n'est pas réellement effectuée en pure perte si elle fixe et confère le rang à hauteur du prestige conquis devant les autres. Donnée pour l'éclat de gloire dont elle affecte les membres de la tribu, et cristallisée dans l'obtention du rang, la dépense se révèle finalement dépense placée, investie. Il y a bien une ambiguïté irréductible: dans le potlatch, l'existence humaine, affirme Bataille, « place la valeur, le prestige et la vérité de la vie dans la négation de l'emploi servile des biens, mais au même instant fait de cette négation un emploi servile. » [13] Le don de rivalité est un phénomène économique tordu, tortueux donc brouillé et embrouillé, qui ne livre pas abordée en l'état, la vérité profonde du mouvement dont il est travaillé; et cela parce que dans le potlatch, un mouvement de consumation improductive est initié qui, ensuite se trouve paradoxalement récupéré, détourné et nié en son élan originel: la dépense ostentatoire produit naturellement le prestige, qui assure le rang hiérarchique, mais le rang, devenant par lui-même source de profit, fait du don initial une opération spéculative utilitaire, tordant et gauchissant ainsi en retour tout en le rendant méconnaissable, le principe qui pourtant fonde sa réalité. Le rang, qui situe les individus les uns par rapport aux autres, et détermine ainsi en l'orientant le sens de circulation des richesses, permet à son possesseur de capitaliser des biens en tirant profit de l'autorité du prestige qu'il s'est fait reconnaître devant les autres. Mais paradoxalement, en faisant un emploi servile de ce prestige, l'homme de rang nie et contredit la vérité qui le fonde: ce n'est jamais qu'en dépensant sans réserve qu'il s'est élevé à son rang.
Tenons-nous fermement dans le paradoxe du potlatch. Seule en effet la prise en compte du caractère plié, enchevêtré et complexe de ce phénomène social permet, au-delà de l'investigation sociologique, de pénétrer la tendance humaine profonde qui l'anime, et par là de comprendre sa signification économique réelle. Concentrons toute notre attention sur l'argumentation de Bataille. Avant de se trouver détournée, réduite et niée dans l'acquisition du pouvoir du rang, la dépense du don a pour conséquence naturelle, pour effet immédiat de couvrir de prestige celui qui l'a accomplie. Dans le mouvement frénétique initial de la dépense du potlatch le donateur éblouit de l'éclat de sa gloire les hommes qui l'entourent, et c'est justement par son prestige, par sa gloire qu'il provoque ses partenaires au don de retour. Bataille affirme ainsi: « La gloire, conséquence d’une supériorité, est elle même autre chose qu’un pouvoir de prendre la place d’autrui ou de s’emparer de ses biens: elle exprime un mouvement de frénésie insensée, de dépense d’énergie sans mesure, que suppose l’ardeur animale au combat. » [14] Or, d'où le don glorieux tire-t-il son pouvoir de fascination qui mystérieusement  nous engage à rendre, à répondre au geste de la dépense? L'analyse sociologique du potlatch a permis de comprendre que le don oblige, qu'il initie un jeu d'obligations entre les hommes, mais elle n'a pas expliqué ce qui en lui oblige, ce qui en lui déclenche et nourrit continûment le jeu d'obligations. Il est donc permis de réitérer la question: qu'est-ce qui dans le don nous séduit, nous accroche, nous subjugue, nous fascine, nous envoûte même, et, irrésistiblement, nous entraîne dans son mouvement, nous provoquant en retour en s'appelant à nous? Répondons sans plus attendre: c'est le sacrifice auquel il donne lieu, et rien d'autre. Le sacrifice est le ressort secret de l'obligation que le don réveille spontanément en nous: en dilapidant ses biens dans le potlatch, en allant même jusqu'à les détruire rageusement devant les autres, l'homme sacrifie, c'est-à-dire introduit dans le domaine sacré des biens appartenant au monde profane, faisant ainsi en retour jaillir de son être le halo de la gloire sacrée qui, en nous réveillant à notre propre dimension sacrée, nous appelle au don de revanche. La gloire spécifique dont rayonne naturellement celui qui donne et se dépense n'est certainement pas réductible à cet affect ordinairement illusoire, et parent de l'affect d'honneur, qu'éprouve celui qui imagine une action sienne vantée ou célébrée par les autres: elle ne naît pas essentiellement des jugements par définition incertains qu'on attribue aux autres concernant la valeur de notre action. Non. La gloire sacrée dont s'entoure spontanément dans nos yeux celui qui dépense ou consume ses biens manifeste un mode d'être plein de l'homme dont nous reconnaissons instinctivement la valeur et la majesté.
Bataille développe plus largement dans La Limite de l’utile le sens décisif de l’expérience de la gloire, à laquelle il reconnaît une valeur éthique et une signification métaphysique. Il est des conduites souveraines où, mis en jeu dans la libéralité de la dépense, le don de soi, le sacrifice, l’homme brille aux yeux de ses semblables de l’éclat d’une gloire qui signale son intensité d’être. Et si ce mode d’être glorieux nous en impose, c’est que nous reconnaissons obscurément qu’en lui, l’homme s’apparie au mouvement exubérant de « dépense cosmique » qui anime l’univers. Les conduites glorieuses actualisent cette fête que la nature célèbre avec la multitude inépuisable des êtres en les vouant à une dépense sans réserve qui va à l’encontre du désir de durer qui leur est propre. À ce sujet, les mythes et rites des aztèques expriment directement et dans toute sa pureté l’aspiration humaine spontanée à la dilapidation. Dans l’ivresse des guerres et des sacrifices humains, les Aztèques cherchaient aveuglément à se mettre au rythme de la dépense en pure perte dont le soleil était le symbole, répondant ainsi sans réserve à ce désir de gloire existant en nous « qui veut que nous vivions comme des soleils, en prodiguant nos biens et notre vie. » [15]
La gloire est donc l’éclat difficilement soutenable de la souveraineté de l'homme qui, ordinairement tassé sur lui-même, replié en les étroites limites de l'être individué, aveugle subitement, dans la mise en jeu sans réserve de la dépense, par l'intensité retrouvée de la vie. La liberté souveraine du donateur, liberté « dont le sens est de consumer sans profitce qui pouvait rester dans l'enchaînement des œuvres utiles » [16] , liberté en laquelle « la possibilité de la vie s'ouvre sans limite » [17] est bien le fondement positif du prestige de celui qui dans l'instant s'absorbe dans la consumation. Et si le don glorieux nous oblige,mord sur nous et nous provoque irrésistiblement, c'est que le sacrifice auquel il donne lieu nous affecte, modifie notre état moral, et réveille en nous une vérité ordinairement occultée qui a pourtant ses droits sur nous.
On est donc justifié à affirmer que le phénomène du potlatch relève d'une essentielle détermination religieuse. Bataille affirme ainsi: « Si le potlatch aboutit rarement à des actes en tous points semblables au sacrifice, il est néanmoins la forme complémentaire d'une institution dont le sens est de retirer à la consommation productive. » [18] La vérité économique du phénomène de l'échange don se révèle dans la dimension religieuse que traduit le sacrifice impur auquel il donne lieu. Dans la dépense sacrificielle du potlatch, l'homme cherche obscurément à restituer au monde sacré ce qui appartient à l'ordre profane. En vérité, c'est la quête aveugle et insoupçonnée du sacré qui anime le potlatch; et c'est parce que la dépense improductive du potlatch fait inconsciemment retentir en nous la réalité commune de cette tendance religieuse qu'elle fonde spontanément l'obligation du retour. On dira que Mauss avait relevé dans l'Essai sur le don la dimension sacrificielle du potlatch. Certes, mais l'aspect religieux du potlatch organiquement lié aux autres aspects du phénomène social total n'était aucunement présenté à part comme la dynamique souterraine causale sous-tendant et impulsant de l'intérieur le phénomène du don. Or pour Bataille le sens véritable du potlatch, partant, la compréhension du mouvement économique profond animant les sociétés, n'apparaissent réellement que dans la mise à nu du lien qu'il entretient avec la quête humaine du sacré, quête du sacré qui, ramenée à la source qui l’impulse en l’homme, n’est rien d’autre que l’expression recherchée de la part divine de l’homme qui le voue, dans la fièvre et l’effroi, dans l’angoisse fascinée et l’horreur, aux conduites souveraines. On comprend ainsi rétrospectivement l'annonce abrupte et sèche faite dès le début du chapitre de La Part Maudite consacrée au potlatch: « Le potlatch laisse apercevoir un lien entre les conduites religieuses et celles de l'économie. » [19]

Arrêtons nous maintenant et contemplons en conclusion, ce qu'ont permis de découvrir l'étude sociologique du potlatch par Mauss et son approfondissement, déplacement débordement par Bataille. Le phénomène social de l'échange don est indéniablement le fait crucial — c'est donc par lui qu'il faut réellement commencer — pour l'introduction d'un nouveau point de vue en économie. Crucial, il l'est dans l'analyse de Mauss, dans la mesure où il s'y révèle comme un fait économique privilégié donnant directement accès à l'essence même du lien de socialité. Plongeant directement au cœur du social, l'étude du potlatch présentifie le « moment fugitif où la société prend ». Mais si le phénomène du don ouvre un accès direct à la compréhension du processus dynamique par lequel le lien social se noue, réciproquement la compréhension de ce qui vivifie, nourrit et entretient la vie de ce lien social ne peut aller sans promouvoir le phénomène en question. Placé sous ce nouveau jour, le phénomène économique du potlatch observé et relevé dans les sociétés archaïques peut être légitimement reconnu posséder une signification universelle, une valeur fondatrice pour la société en général. Et par voie de conséquence, la dépense improductive, la consumation ostentatoire des richesses se révèlent comme les ressorts véritables de la vie économique en société.
Crucial, le phénomène du potlatch l'est encore plus radicalement pour Bataille dans la mesure où, par son caractère irréductible de phénomène coudé, tortueux, gauchi, croisé ou superposé, il révèle tout à la fois la vérité du mouvement économique des sociétés et la loi de son travestissement, de sa distorsion et de son brouillage dans l'histoire. Seul ce phénomène social donne accès au ressort secret de la logique enchaînant les figures historiques de l’homme présentée dans La Part maudite, et permet de comprendre qu’il y a bien une histoire des formes de la dépense. Saisi dans son ambiguïté, le potlatch indique synthétiquement la logique religieuse permanente qui sous-tend et anime les phénomènes économiques mais aussi le fait du gauchissement spontané de cette tendance qui explique la dégradation des pratiques économiques dans l'histoire. Si, en fait, le parcours de l’enchaînement des formes historiques de l’homme auquel est confronté la conscience dansLa Part maudite commence bien avec la figure sociale des aztèques, en droit il n’est effectivement initié ou enclenché qu’avec la figure des sociétés à potlatch: seule l’institution du potlatch, parce qu’elle exprime la vérité déjà accidentée, permet en effet de comprendre synthétiquement le mouvement naturel de la dépense sociale et la raison de son gauchissement spontané.
Et si le potlatch est un phénomène croisé, c'est qu'il résulte de la contradiction même dans laquelle tombe l'existence humaine en obéissant à deux exigences opposées: en lui s'exprime bien en sa nécessité la dépense sacrificielle procédant du désir religieux qui travaille l'homme au plus profond et le voue naturellement aux conduites glorieuses; mais elle s'exprime seulement sur un mode impur. Dans le potlatch, l'homme prétend s'approprier ce qui par essence est inappropriable. Le prestige, la gloire sacrée dont il s'auréole devant les autres dans la dépense improductive, il ne peut en effet chercher à se les réserver dans l'acquisition du rang sans se contredire. Bataille écrit en ce sens: « Lerang est tout entier l'effet de cette volonté gauchie. Le rang est en un sens l'opposé d'une chose: ce qui le fonde est sacré, et l'ordonnance générale des rangs reçoit le nom dehiérarchie. C'est le parti pris de traiter comme une chose — disponible et utilisable — ce dont l'essence est sacrée. » [20] C'est ainsi parce qu'il introduisait à la vérité des phénomènes économiques en situation, de manière biaisée et accidentée que le potlatch a présenté naturellement pour Bataille des difficultés d'interprétation: il laissait en effet seulement apercevoir ou entrevoir le lien pourtant essentiel qui, comme le sacrifice rituel, rattache la dépense aux conduites religieuses.
Samuel Bloc

[1] Georges Bataille, La Part maudite, in Œu vres complètes, Gallimard, 1976, tome VII, p.71
[2] G. Bataille, in L’Érotisme, Les Éditions de Minuit, Paris, 1957, p. 227
[3] G. Bataille, in La Part maudite, op.cit., p.71
[4] M. Mauss, in Essai sur le don. Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques, in  Sociologie et anthropologie, P.U.F., Quadrige, Paris, 1950, p.150
[5] ibid., p. 151
[6] Dans Les règles de la méthode sociologique (1894), posant les bases d’une approche scientifique des phénomènes sociaux, É. Durkheim affirme: « Est fait social toute manière de faire, fixée ou non, susceptible d’exercer sur l’individu une contrainte extérieure; ou bien encore qui est générale dans l’étendue d’une société donnée tout en ayant une existence propre, indépendante de ses manifestations individuelles. » Éd. Quadrige/P.U.F., p.14. Et plus loin il ajoute: « Bien loin qu’ils [les faits sociaux] soient un produit de notre volonté, ils la déterminent du dehors; ils consistent comme en des moules en lesquels nous sommes nécessité à couler nos actions. » ibid., p.29
[7] M. Mauss, in Essai sur le don, op.cit., p.194
[8] ibid., p. 148
[9] ibid., p. 275
[10] G. Bataille, in La Part maudite, op. cit., p.73
[11] Ibid., p.73
[12] Ibid., p.73
[13] Ibid., p.75
[14] Ibid., p.74
[15] G.Bataille, in La Limite de l’utile, op. cit., p. 193
[16] G. Bataille, in  La Part maudite, op. cit., p. 63
[17] G. Bataille, in La souveraineté, op. cit., p.248
[18] Georges Bataille, in La Part maudite, op. cit., p.78
[19] Ibid., p.71
[20] Ibid, p.75


Commentaires

Articles les plus consultés