Naissance du spiritisme sous le Second Empire

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« La croyance au monde surhumain des esprits et des fantômes se retrouve chez tous les peuples : née de l’aspiration impatiente qui nous porte sans cesse à nous échapper du réel pour aborder un univers merveilleux où le temps et l’espace n’existent plus, elle a été entretenue, de génération en génération, par l’ignorance des phénomènes naturels. Les sciences modernes lui ont porté un coup dont elle ne se relèvera plus, et ce qui était naguère une foi pour des esprits même éminents ne nous paraît plus qu’une crédulité à peine excusable chez les intelligences faibles ou ignorantes » [1]

1Pour les rédacteurs du Magasin pittoresque, le célèbre journal fondé par le saint-simonien Édouard Charton, il ne faisait pas de doute en 1850 que la croyance aux esprits appartenait à une époque révolue de la « civilisation ». Ironie de l’histoire, à peine trois ans plus tard, la France urbaine tout entière faisait tourner les tables et prétendait communiquer avec les esprits. Le plus surprenant est que la pratique ait survécu aux premiers engouements et se soit implantée durablement dans le paysage des croyances contemporaines. Aujourd’hui encore, la tombe de son principal théoricien, Allan Kardec (1804-1869), demeure l’une des plus fleuries du cimetière du Père-Lachaise et l’on ne compte plus le nombre de groupes, revues, livres, sites internet qui lui sont consacrés. Le spiritisme est la seule des doctrines spiritualistes du XIXe siècle qui ait réussi à survivre à la mort de son fondateur et à se transformer en « religion » au sens sociologique du terme. Le cas est rare dans un siècle que l’on a coutume de présenter comme celui de la « fin des dogmes » [2][2]Pour reprendre l’expression du philosophe Théodore JOUFFROY… et dans un pays où le « travail religieux » de l’époque est passé par la transformation des cultes existants, beaucoup plus que par la création ou l’importation de nouvelles doctrines [3][3]L’expression « travail religieux » est employée par Ernest….

2Jusqu’à une date récente, le spiritisme n’avait guère retenu l’attention des chercheurs, comme s’il flottait autour du sujet un léger relent d’infamie.

3Aberration mentale pour les uns, superstition pour les autres, on voyait mal comment élever à la dignité d’objet scientifique un tel phénomène. Depuis quelques années cependant, un nombre croissant d’historiens, dans le sillage des travaux fondateurs de Nicole Edelman, mais aussi de sociologues et d’anthropologues l’étudient en France et à l’étranger [4][4]Christine BERGÉ, La voix des Esprits. Ethnologie du spiritisme,…. Le phénomène intéresse des spécialistes venus d’horizons très divers :histoire des femmes, des sciences, de la psychologie, de la religion, de la mort, des cultures urbaines et des imaginaires sociaux. Le revers inévitable de cette dispersion thématique et disciplinaire est que chacun tire le sujet dans le sens de ses problématiques spécifiques sans qu’on aie toujours une connaissance assez précise des événements, de leur chronologie et de leur insertion dans la société qui les a vus naître. Le but de cet article est de contribuer à une clarification, en se limitant au premier grand moment de l’histoire du spiritisme :les années du Second Empire [5][5]Je retiens l’année de la mort d’Allan Kardec comme terminus ad….

4Trois précisions liminaires seront utiles. La première concerne le vocabulaire. On a pris l’habitude en France de désigner par « spiritisme » l’ensemble des pratiques nées aux États-Unis en 1848 et importées en Europe autour de 1852, qui consistaient à faire tourner les tables et à communiquer avec les esprits. En fait, il y a là un abus de langage, même si l’usage l’a consacré. Le mot n’a été inventé par Allan Kardec qu’en 1857 [6][6]Dans son Livre des Esprits, il avait proposé aussi…. Jusque-là, on parlait de « spiritualisme américain », de « spiritualisme moderne », de « phénomènes magnétiques » ou de « phénomènes des tables ». Si le terme s’est imposé rapidement, ce n’est pas seulement à cause des talents de propagandiste de Kardec, mais aussi parce qu’il permettait de lever une ambiguïté lexicale. En effet, la traduction de «spiritualism» – le terme en usage dans les pays anglo-saxons – par « spiritualisme » passait mal en français, parce que le mot avait déjà une signification. Il désignait la position de ceux qui, contre les partisans de la philosophie « sensualiste » ou « matérialiste » du XVIIIe siècle, admettaient l’immortalité de l’âme et en étudiaient les facultés. Au sens strict, les « spirites » étaient donc des « spiritualistes » qui croyaient aux communications avec les esprits. Le saint-simonien Paul François Mathieu (1793-1877) avait proposé de les appeler, d’une formule assez juste, les « enfants terribles du spiritualisme » [7][7]« Le spiritualisme et les spiritualistes », Revue….

5La deuxième remarque est d’ordre documentaire. Il existe une énorme littérature spirite : des brochures, des livres, des périodiques, dont la durée de vie est généralement assez courte, qui témoignent à la fois de l’intérêt suscité dans la société par ces questions, et du tournant que constituent les années 1860 dans la démocratisation de l’imprimé [8][8]Dominique KALIFA,« L’entrée de la France en régime…. Mais cette production, comme la littérature de piété de la même époque, n’est pas toujours facile à utiliser. Sa lecture, terriblement répétitive et le plus souvent d’une asphyxiante médiocrité, n’est déjà pas en soi une mince épreuve. Surtout elle est fort peu référencée : sans indication de sources, sans datation précise, voire sans auteurs identifiés (anonymes et pseudo-nymes étant légion). Pour bien faire il faudrait donc, avant tout essai d’interprétation, établir méthodiquement tout un ensemble de noms, de lieux et de dates qui, en l’état de nos connaissances, font souvent défaut.

6Une question de géographie, enfin, qui révèle un aspect original et assez méconnu de l’exception culturelle française. Le spiritisme français est très différent de celui qui a cours dans les pays anglo-saxons, même si tout au long du Second Empire, on continue d’accueillir en France des médiums « américains ». En Angleterre ou aux États-Unis, les spéculations religieuses d’Allan Kardec firent longtemps figure de curiosité ou d’aberration « française ». Inversement, ce dernier ne cachait pas son peu d’estime pour les expériences américaines, jugées par lui trop peu « philosophiques ». De sorte que le spiritisme est à la fois un phénomène mondial, et même à ma connaissance le premier véritable américanisme de la culture européenne, et dans ses prolongements religieux et funéraires, un phénomène assez typiquement français, qui s’est surtout répandu dans les pays de culture catholique comme l’Italie, la Belgique ou l’Espagne.

LA CHRONOLOGIE

7Nicole Edelman a montré que son irruption au début du Second Empire avait été préparée par plus d’un demi-siècle de recherches magnétistes et spiritualistes, si bien qu’en France, il constituait au moins autant un point d’arrivée qu’un point de départ. Il reste que les événements, par leur ampleur et la tournure qu’ils ont pris, ont profondément surpris les contemporains.

8Le spiritisme est né aux États-Unis dans l’État de New York en 1848 [9][9]Sur l’histoire de la famille Fox du village de Hydesville et…. Autour de 1852, il se répand en Europe, en commençant modestement par les groupes ou les individus qui s’adonnaient aux recherches magnétistes, redevenues à la mode en Europe depuis les années 1820. On ne sait pas très bien quand ni comment les tables ont franchi l’Atlantique. L’Angleterre, par ses liens privilégiés avec les États-Unis, constitue la principale tête de pont en Europe. On a parlé à l’époque du rôle de l’Écosse, mais il est possible qu’il s’agisse simplement d’un rapprochement avec les origines de Daniel Dunglas Home (1833-1886), le médium le plus célèbre de l’époque [10][10]On peut lire ses mémoires : Les lumières et les ombres du…. Il a également été question de la Louisiane comme d’une étape possible entre l’Amérique et la France [11][11]Par l’intermédiaire notamment de la revue de M.Barthès : Le…. En tout cas, les pratiques américaines ont pénétré sur le continent par l’Allemagne [12][12]Sur le spiritisme allemand :numéro spécial de l’Österreichische…, en commençant par Brême et Hambourg, et la France, par Strasbourg et Paris. Au milieu de l’année 1853, le phénomène explose littéralement. Jusque-là en effet, il s’agissait surtout de faire tourner les tables, mais autour du mois de juin, les tables se mettent à délivrer des messages ! Il ne s’agit donc plus de banales expériences de physique récréative mais de communications avec l’au-delà. Le dominicain Henri Lacordaire écrit à son amie MmeSwetchine le 29 juin :

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« Avez-vous vu tourner et entendu parler des tables ? – J’ai dédaigné de les voir tourner, comme une chose trop simple, mais j’en ai entendu et fait parler. Elles n’ont dit des choses assez remarquables sur le passé et sur le présent.[…] De tous temps il y a eu des modes plus ou moins bizarres pour communiquer avec les Esprits; seulement autrefois, on faisait mystère de ces procédés, comme on faisait mystère de la chimie; la justice, par des exécutions terribles, refoulait dans l’ombre ces étranges pratiques. Aujourd’hui, grâce à la liberté des cultes et à la publicité universelle, ce qui était un secret est devenu une formule populaire. Peut-être aussi, par cette divulgation, Dieu veut-il proportionner le développement des forces spirituelles au développement des forces matérielles, afin que l’homme n’oublie pas, en présence des merveilles de la mécanique, qu’il y a deux mondes inclus l’un dans l’autre : le monde des corps et le monde des Esprits» [13][13]Cité dans la Revue spirite, février 1867, p.44..

10En quelques semaines, le phénomène suscite un engouement généralisé dans la plupart des grandes villes d’Europe. Il semble avoir été particulièrement vif en France, avec des effets de contagion dans certains pays francophones comme le Canada et la Belgique. Les correspondances de l’époque et la presse parlent de « mode », de « fièvre », d’« épidémie », en souvenir du dernier passage du choléra à Paris. Les autorités ecclésiastiques commencent à s’inquiéter et les premières réactions épiscopales tombent à partir du mois de novembre, en particulier celles de Mgr Guibert, évêque de Viviers et futur archevêque de Paris, et de Mgr Bouvier, évêque du Mans et célèbre théologien : « Jamais, se souvint le Siècle quelques années plus tard, on ne se livra à de pareils excès de table » (24 avril 1868).

11Mais passé l’hiver 1854, la guerre de Crimée aidant, les choses semblent être un peu retombées. La mode passe et la pratique se banalise. Victor Hugo, comme beaucoup d’autres, fait tourner les tables à Jersey avec Mme de Girardin et quelques amis. En 1862, le théologien jésuite Ambroise Matignon écrit avec raison :« Il y a quelques années, peut-être on en faisait plus de bruit; aujourd’hui, sans en parler autant, on les pratique davantage » [14][14]Les morts et les vivants, Paris, 1862, p. II.. Mais il faut distinguer deux principaux canaux de diffusion. La filière des médiums « américains » d’abord, comme Home et les frères Ira et William Davenport, qui font des tournées dans toute l’Europe, à base surtout de manifestations « physiques » spectaculaires.« Ils se disent médiums, ironise Kardec, et n’ont garde d’omettre le titre d’américains, passeport indispensable, comme les noms en i pour les musiciens » [15][15]« Nouveaux médiums américains à Paris », Revue spirite, février…. Le premier passage de Home à Paris en octobre 1855 réveille l’intérêt du public et le 13février 1857, il est même reçu aux Tuileries par le couple impérial, qui semble s’être intéressé d’assez près au phénomène. La filière « philosophique » du spiritisme proprement dit ne démarre vraiment qu’avec la publication le 18avril1857 du fameux Livre des Esprits, la bible du spiritisme jusqu’à nos jours.

12Profitant de la vitesse acquise, Kardec fonde en janvier 1858 la Revue spirite et le 1er avril, la Société parisienne des études spirites.

13La vague redémarre au milieu de l’année 1859, au moment où l’Empire se brouille avec les catholiques sur la question romaine. Dans ce contexte, les sociétés spirites bénéficient d’une plus large tolérance administrative. Kardec, au début des années 1860, s’en félicite à plusieurs reprises :il souligne que nulle part les réunions spirites n’ont rencontré la moindre opposition et il remercie les autorités civiles de leur bienveillance. Dès lors, l’expansion est rapide. En janvier 1860, Kardec note que « les idées spirites sont dans l’air » et qu’on les confesse plus facilement, sans craindre le ridicule. Le théoricien se fait missionnaire :il effectue à partir de septembre 1860 des voyages de propagande en France (Sens, Mâcon, Lyon, Saint-Étienne, Bordeaux, etc.) et en Belgique (Bruxelles et Anvers en 1864). Dans les années 1860-1862, la Revue spirite manifeste même une sorte d’euphorie apostolique :

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« Si […] le Spiritisme trouve de si nombreuses sympathies, écrit Kardec, c’est que son temps est venu, c’est que les esprits étaient mûrs pour le recevoir; c’est qu’il répond à un besoin, à une aspiration. Vous en avez la preuve dans le nombre, considérable aujourd’hui, des personnes qui l’accueillent sans surprise, comme une chose toute naturelle, lorsqu’on leur en parle pour la première fois, et qui disent qu’il leur semblait que les choses devaient être ainsi, mais sans pouvoir les définir » [16][16]Voyage spirite en 1862, s.l., p.23..

15« On peut dire, écrit le catholique N.C.Le Roy, que le spiritisme est la tentation publique de la société » [17][17]« Le spiritisme », Revue des sciences ecclésiastiques,…. De façon plus diffuse, un fonds de pensée qui réunit des thèmes assez disparates, issus aussi bien du magnétisme et des doctrines humanitaires que du spiritisme, se répand dans la littérature populaire [18][18]Théophile GAUTIER, Spirite. Histoire fantastique (d’abord en…, le théâtre, la presse, voire certains sermons catholiques comme ceux des pères Blot, Félix et Gratry, pour ne citer que les plus illustres. Au centre des préoccupations :le commerce des vivants et des morts, la présence invisible des défunts, les existences antérieures, la pluralité des mondes habités, toutes choses qui imprègnent profondément l’imaginaire collectif.

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« Décidément, écrit Émile Zola, les romanciers, à court d’imagination en ces temps de production incessante, vont s’adresser au Spiritisme pour trouver des sujets nouveaux et étranges.
[…] Peut-être le Spiritisme va-t-il fournir au génie français le merveilleux nécessaire à tout époque bien conditionnée » [19][19]L’Événement,19 février 1866..

17En fait, le spiritisme n’a jamais trouvé, au grand dam de Kardec, le romancier de premier plan qui aurait pu donner à ses thèses ses lettres de noblesse, comme en son temps les doctrines religieuses de Pierre Leroux et Jean Reynaud avaient trouvé George Sand, ou l’occultisme, plus tard, Huysmans.

18La progression du mouvement spirite marque le pas dès 1863. La plupart des périodiques spirites de province auront même disparu en 1868. Deux raisons à cela. La première est qu’à ce moment-là, le spiritisme a fait le plein de tous ceux qui s’intéressaient déjà à ce genre de manifestations sous des dénominations diverses et que Kardec appelait les « spirites inconscients »:

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« Le Spiritisme, écrit-il dans la Revue spirite en septembre 1866, a dès l’abord rallié à lui tous ceux à qui ces idées étaient pour ainsi dire à l’état d’intuition; il n’a eu qu’à se montrer pour en être accepté avec empressement; c’est ce qui explique son accroissement numérique rapide. Aujourd’hui qu’il a moissonné ce qui était mûr, il agit sur la masse réfractaire; le travail est plus long ».

20La seconde est liée aux scandales suscités par les médiums américains, en particulier les frères Davenport, qui sont convaincus de fraude en Angleterre, à Liverpool en février1865, puis à Paris, salle Herz le 12septembre 1865. Ces scandales rejaillissent sur l’ensemble des spirites « philosophes », en provoquant dans la presse un redoublement des attaques, tant rationalistes que catholiques.

LE SYSTÈME D’ALLAN KARDEC

21Léon Rivail, plus connu sous son nom druidique d’Allan Kardec, passe à juste titre pour le « prophète » ou le « pape » du spiritisme, même s’il récusait (assez mollement) le titre. Il est l’inventeur du mot et de la doctrine. Mais il n’était pas le seul à l’époque à prétendre à la tiare : il eut des concurrents, aujourd’hui bien oubliés, comme Zoé Piérart, directeur de la Revue spiritualiste, Louis-Alphonse Cahagnet, le baron de Güldenstubbe, et des disciples dissidents comme le magistrat bordelais Jean-Baptiste Roustaing, tous mis à l’Index par l’Église romaine. Plus largement, le spiritisme appartient à la dernière génération des « théologies humanitaires » (Paul Bénichou), celle des « années 1850 », qui vulgarise les thèmes développés depuis 1830 [20][20]Parmi eux :A. D’ORIENT [A.VIAL ],Des destinées de l’âme, Paris,…. Pour ces spiritualistes de gauche, souvent marqués par l’échec des utopies sociales de la Deuxième République, les spéculations religieuses ont constitué, au plus fort de la dictature impériale, des positions de repli ou d’attente du retour des opportunités politiques.

22Le moins qu’on puisse dire est que le système de Kardec ne manquait pas d’ambition et les commentateurs de l’époque ont généralement souligné avec condescendance la candeur un peu « primaire » de sa métaphysique. Edgar Saveney écrivait par exemple dans la Revue des deux mondes:

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« Il aborde les principales questions qui ont occupé de tout temps l’humanité, et montre comment le spiritisme fournit pour tous ces grands problèmes des solutions commodes et expédientes, alors que tous les philosophes y ont perdu leur métaphysique. De fait, ce petit livre [21][21]Il s’agit de la brochure Qu’est-ce que le spiritisme ?,publiée… ne manque point d’intérêt, et il offre un genre tout particulier d’utilité que l’auteur n’a point cherché. On y trouve une parodie vraiment instructive de l’effort que tant de cerveaux ont fait pour convertir en réalités leurs imaginations. On y surprend dans leur naïve bonhomie ces procédés d’explication qui n’expliquent rien, et qui, mieux déguisés ailleurs, affectant dans des systèmes en renom des allures transcendantes, n’en aboutissent pas moins à des tautologies » [22][22]« Un épisode contemporain de l’histoire du merveilleux. Le….

24Il existe plusieurs biographies de Kardec, qui émanent généralement de partisans de sa doctrine, mais en définitive on ne sait pas grand chose de lui [23][23]Henri SAUSSE, Biographie d’Allan Kardec, Tours, E. Arrault,…. Ce Lyonnais d’origine catholique est issu d’une famille bourgeoise de magistrats et d’avocats. Il a été élevé en Suisse protestante, à l’école du grand pédagogue rousseauisant Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827). Il est ensuite venu à Paris pour fonder en 1829 un institut inspiré des principes de son maître, qui dut fermer ses portes à la suite d’un revers de fortune.À partir de 1835, il mène une carrière de professeur libre et d’auteur de manuels scolaires (arithmétique, grammaire, orthographe) qui lui valent une certaine notoriété. Ses ennemis l’accuseront, une fois devenu célèbre, d’avoir travaillé sous un premier pseudonyme pour le journal catholique L’Univers, sans qu’on sache si l’information est exacte, à quel poste et jusqu’à quand. En tout cas L’Univers, qui a combattu le spiritisme, ne s’en est jamais vanté ! Pour le reste, Kardec est un « quarante-huitard » assez typique, lecteur de Fourier et de Saint-Simon, et très soucieux de conciliation, même théologique, avec l’Église catholique. Il s’intéresse au magnétisme animal depuis 1823, et aux tables depuis 1854, mais il ne se fait connaître qu’avec la publication du Livre des Esprits au printemps 1857.

25Sa doctrine repose sur deux piliers :l’identification des esprits avec les âmes des morts et le principe de la réincarnation. Lors du décès, explique-t-il, l’âme se sépare du corps mais elle conserve une sorte d’enveloppe semi-matérielle qu’il appelle le « périsprit » (peri-spiritus). Celui-ci permet aux défunts de continuer à agir sur la matière et d’entrer en contact avec les vivants. Dans l’au-delà, les esprits alternent les phases de désincarnation et de réincarnation, jusqu’à extinction complète de leurs dettes envers la justice divine et libération du corps. Dans le détail, le monde des esprits est peuplé de bons et de mauvais éléments, sans que le contrôle d’identité soit jamais aisé. D’où la nécessité, dans les contacts avec les morts, de faire montre d’une certaine prudence et d’un contrôle rationnel du contenu des « révélations » recueillies.

26Les idées de Kardec ne sont pas originales. Lui-même n’en faisait pas mystère :tout, ou presque, était déjà dans le magnétisme ou les spéculations religieuses de Charles Fourier et Jean Reynaud. Au magnétisme, il emprunte sa physiologie tripartite :corps, âme et « corps fluidique », rebaptisé « périsprit ». Sans surprise, la plupart des premiers « spirites » furent d’abord « magnétistes », sinon toujours « magnétiseurs », et les premières « médiums », « somnambules ». Le magnétisme animal, introduit en France à partir de 1778 par le médecin viennois Anton Mesmer et complété par son disciple français le marquis de Puységur (qui passe pour avoir découvert l’hypnose sous le nom de « somnambulisme provoqué »), a connu un certain succès au crépuscule des Lumières, à Paris et dans quelques villes de province [24][24]Robert DARNTON, La fin des Lumières. Le mesmérisme et la…. Après un temps d’arrêt sous la Révolution, il est redevenu à la mode dans les années 1820 et depuis 1840, brochures, séances, périodiques ne cessent d’attiser la curiosité du public.« Le magnétisme, écrit Kardec dans la Revue spirite de mars 1858, a préparé les voies du spiritisme, et les rapides progrès de cette dernière doctrine sont incontestablement dûs à la vulgarisation des idées sur la première ». Ses idées religieuses n’ont guère plus d’originalité. Il s’inspire très directement des thèses du saint-simonien Jean Reynaud, dont le livre Terre et Ciel de 1854 a rencontré un franc succès [25][25]Michel NATHAN,Le ciel des fouriéristes, habitants des étoiles…, et plus largement, de la famille des doctrines humanitaires plus ou moins dérivées des deux « pères spirituels du romantisme » (selon Georges Gusdorf) que sont Emmanuel Swedenborg (1688-1745) et Louis-Claude de Saint Martin (1743-1803), dit le « Philosophe inconnu ».

27Si ses idées sont sans originalité, reste à comprendre pourquoi elles ont rencontré un tel succès alors que beaucoup d’autres, qui défendaient des thèses assez semblables avant ou en même temps que lui, n’ont guère percé. Première raison probable : l’incontestable talent pédagogique de Kardec, qui les a « manuélisées » avec beaucoup d’efficacité, tout en les attribuant aux esprits, de sorte qu’elles eussent l’air de « tomber du ciel », et non plus des rêveries de quelque philosophe désétabli des grandes traditions religieuses. Deuxième raison :le caractère à la fois complet et syncrétique de son système. Complet parce que jusqu’à sa mort en 1869, il s’est attaché à lui donner, outre son point de départ « philosophique » de 1857 (complété dans la deuxième édition de 1860), une partie expérimentale (Livre des Médiums, 1861), une partie morale (L’Évangile selon le spiritisme,1864) et des développements religieux sur le ciel et les miracles [26][26]Le Ciel et l’Enfer ou la Justice divine selon le Spiritisme…. Syncrétique, surtout, parce qu’il réussit la synthèse des pratiques américaines, des doctrines « humanitaires » et du magnétisme animal, le tout au service d’une morale inspirée du protestantisme libéral.

28La synthèse de Kardec présente trois caractéristiques qui vont contribuer à donner au spiritisme français son profil particulier. Sa dimension religieuse d’abord, qui a pris une importance croissante à la fin de sa vie, jusqu’à le brouiller avec certains de ses amis qui la jugeaient excessive. Elle laissa très perplexes la plupart des spirites anglo-saxons. Kardec considérait en effet qu’il avait pour mission de diffuser la « révélation » spirite. Elle était censée prolonger celles de Moïse et de Jésus, mais s’en distinguait par son caractère collectif, expérimental et accessible au grand nombre. Ce qui lui vaudra le mépris des « occultistes », amateurs de métaphysiques plus aristocratiques ou plus ésotériques comme René Guénon [27][27]Jean-Pierre LAURENT, L’ésotérisme chrétien en France au XIXe…. Sa dimension funéraire ensuite, à l’heure où redémarre chez les catholiques la dévotion aux âmes du purgatoire et où se généralise, dans la société française, le « culte des morts », avec ses institutions caractéristiques :concessions funéraires, caveaux et chapelles de famille, pèlerinages sur les tombes et autres dépôts de fleurs [28][28]Guillaume CUCHET, Le crépuscule du purgatoire, op.cit.. Kardec, tout en s’efforçant de donner au spiritisme un contenu philosophique, était très conscient de la nécessité pour lui de proposer sur ce terrain des « consolations » efficaces :

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« La possibilité d’entrer en communication avec les esprits, est une bien douce consolation, puisqu’elle nous procure le moyen de nous entretenir avec nos parents et nos amis qui ont quitté la terre avant nous. Par l’évocation nous les rapprochons de nous; ils sont à nos côtés, nous entendent et nous répondent; il n’y a pour ainsi dire plus de séparation entre eux et nous. Ils nous aident de leurs conseils, nous témoignent de leur affection et le contentement qu’ils éprouvent de notre souvenir. C’est pour nous une satisfaction de les savoir heureux, d’apprendre par eux-mêmes les détails de leur nouvelle existence, et d’acquérir la certitude de les rejoindre à notre tour » [29][29]Le Livre des Esprits, Paris,1857, p.149..

30Sa dimension « scientifique » enfin, caractérise le spiritisme, qui se donne pour une science, même s’il a des prolongements religieux. Il n’a guère été pris au sérieux par les scientifiques eux-mêmes, mais le contexte des années 1850 aide à comprendre comment ce scientisme du pauvre a pu être accueilli favorablement dans certains milieux, ou simplement avec curiosité. L’époque va à la vulgarisation scientifique et à la célébration des « merveilles » de l’industrie, la science le disputant aux exploits traditionnels du « surnaturel » chrétien [30][30]Sur le rapport des catholiques aux techniques : Michel LAGRÉE,…. Les témoins de l’hiver 1854 ont été par exemple très frappés par la concomittance de la généralisation du télégraphe électrique, avec tout ce qu’il avait d’extraordinaire du point de vue de la vitesse de circulation des informations, et de l’irruption du spiritisme, aussitôt rebaptisé « télégraphe spirituel » (d’autant que dans les deux cas les États-Unis faisaient figure de pays pionnier):

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« Il y a 50 ans, écrivait Kardec, si l’on eût dit purement et simplement à quelqu’un qu’on pouvait transmettre une dépêche à 500 lieues et en recevoir la réponse dans une heure, il vous eût ri au nez, il n’aurait pas manqué d’excellentes raisons scientifiques pour prouver que la chose était matériellement impossible. Aujourd’hui que la loi d’électricité est connue, cela n’étonne personne, pas même le paysan. Il en est de même de tous les phénomènes spirites » [31][31]Prévisions concernant le spiritisme, Œuvres posthumes,1927,….

32Ainsi le progrès technique, en brouillant les frontières du possible et de l’impossible, a pu faciliter la pénétration du spiritisme dans une partie de la société.

33D’autant plus que l’interface de l’âme et du corps correspondait à une sorte de no man’s land philosophique et scientifique dans la culture établie de l’époque. La médecine officielle comme la psychologie spiritualiste qui dominait l’enseignement universitaire, l’avaient pratiquement abandonné aux spéculations humanitaires et aux sciences plus ou moins « occultes », comme le magnétisme, la phrénologie ou l’homéopathie [32][32]Comme le fait remarquer Charles de Rémusat, en franc tireur de…. Sous ce rapport, on peut remarquer que de toutes les « sciences occultes » du XIXe siècle, le spiritisme et l’homéopathie sont les seules à avoir survécu et bien survécu, sans doute parce qu’elles ont à voir avec des questions anthropologiques de fond :la mort, le deuil, la santé, le corps.

LES PRATIQUES

34Les pratiques et le rôle dévolu à la figure centrale du médium sont au moins aussi importants que les idées, dans l’histoire du spiritisme. Elles ont évolué vers toujours plus de simplicité, pour des raisons de facilité d’exécution – le médium, généralement une femme, représentant déjà une simplification notable par rapport au magnétisme puisqu’il fait office à la fois de magnétiseur et de magnétisé – mais aussi sous l’impulsion du modèle américain, qui conserve une longueur d’avance tout au long du Second Empire. Tout a commencé par la « danse des tables » ou « tables tournantes » (à roulettes sur parquet ciré, de préférence), même si en réalité on a fait tourner tout ce qu’on avait sous la main, comme guéridons, fauteuils, chapeaux, etc. Puis sont venues les tables « frappantes », à l’aide de codes plus ou moins compliqués (oui/non ou le numéro d’ordre des lettres de l’alphabet). On a beaucoup ironisé à l’époque sur l’orthographe calamiteuse des esprits ou sur la longue patience des médiums polonais égrenant des messages hérissés de y et de z ! Le tournant décisif se produit vers le mois de juin 1853 avec l’apparition de l’écriture, d’abord sous la forme d’un crayon attaché à une corbeille ou une planchette, puis directement dans la main du médium. Plus tard, certains médiums se contenteront de parler. Les premières expériences de « photographies des esprits » ou « photographie spiritualiste » ont lieu aux États-Unis dans les années 1850, le premier essai français ayant eu lieu, à ma connaissance, à Dijon en 1858 [33][33]Revue spiritualiste, VI, n° 4,1863, p.117..

35Les pratiques sont plus diverses qu’une vue superficielle du sujet pourrait le laisser croire. Il faut distinguer en premier lieu les séances organisées et souvent payantes, qui rassemblent autour d’un médium et d’un groupe constitué un public hétéroclite de passionnés et de simples curieux, de riches et de pauvres, avec généralement plus d’hommes que de femmes. Jules Claretie a donné dans l’Événement du 26 août 1866 le compte rendu (malveillant) d’une séance de ce type :

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« Êtes-vous allé jamais dans quelque réunion de Spirites, un soir de désœuvrement ou de curiosité ? C’est un ami qui vous conduit généralement. On monte haut – les Esprits aimant se rapprocher du ciel, – dans quelque petit appartement déjà rempli; vous entrez en jouant du coude. Des gens s’entassent, à figures bizarres, à gestes d’énergumènes. On étouffe dans cette atmosphère, on se presse, on se penche vers les tables où des médiums, l’œil au plafond, le crayon à la main, écrivent les élucubrations qui passent par là. C’est d’abord une surprise;
on cherche parmi tous ces gens à reposer son regard, on interroge, on devine, on analyse.
Vieilles femmes aux yeux avides, jeunes gens maigres et fatigués, la promiscuité des rangs et celle des âges, des portières du voisinage et des grandes dames du quartier, de l’indienne et des guipures, des poétesses de hasard et des prophétesses de rencontre, des tailleurs et des lauréats de l’Institut; on fraternise dans le Spiritisme. On attend, on fait tourner des tables, on les soulève, on lit à haute voix les griffonnages qu’Homère ou le Dante ont dicté aux médiums assis. Ces médiums, ils sont immobiles, la main sur le papier, rêvant. Tout à coup leur main s’agite, court, se démène, couvre les feuillets, va, va encore et s’arrête brusquement. Quelqu’un alors, dans le silence, nomme l’Esprit qui vient de dicter et lit. Ah ! ces lectures ! […] La plupart du temps Lamennais fait des fautes d’orthographe et Cervantes ne sait pas un mot d’espagnol ».

37Les séances domestiques ensuite, en famille ou avec des amis, qui réunissent des groupes plus intimes, plus homogènes et plus féminins. Elles étaient relativement rares au début, mais se sont multipliées à mesure que les familles purent trouver plus facilement parmi leurs membres les médiums adéquats, généralement des vieillards, des jeunes filles ou des enfants. Dans son livre de 1865 sur Les Apôtres, paru deux ans après sa célèbre Vie de Jésus, Renan rapprocha spontanément l’état d’esprit des premiers disciples du Christ avec le climat psychologique des séances spirites :

38

« Pour concevoir la possibilité de pareilles illusions, il suffit de se rappeler les scènes de nos jours où des personnes réunies reconnaissent unanimement entendre des bruits sans réalité, et cela, avec une parfaite bonne foi. L’attente, l’effort de l’imagination, la disposition à croire, parfois des complaisances innocentes, expliquent ceux de ces phénomènes qui ne sont pas le produit direct de la fraude. Ces complaisances viennent, en général, de personnes convaincues, animées d’un sentiment bienveillant, ne voulant pas que la séance finisse mal, et désireuses de tirer d’embarras les maîtres de la maison. Quand on croit au miracle, on y aide toujours sans s’en apercevoir. Le doute et la négation sont impossibles dans ces sortes de réunions. On ferait de la peine à ceux qui croient et à ceux qui vous ont invité. Voilà pourquoi ces expériences, qui réussissent devant de petits comités, échouent d’ordinaire devant un public payant, et manquent toujours devant les commissions scientifiques » [34][34]Les Apôtres, Paris, Lévy frères,1866, note 2, p.22..

39Troisième type de séance : le spectacle pur et simple, autour de médiums « américains » qui se produisent contre argent. Le public cherche d’abord les manifestations physiques spectaculaires et les impressions fortes. Le cas le plus célèbre est celui des frères Davenport et de leur impresario William Fay, qui furent eux aussi reçus par Napoléon III au château de Saint-Cloud, dans la soirée du 28 octobre 1865. Le cas de Home est un peu différent puisqu’il se produisait gracieusement dans un milieu choisi, sans s’exposer aux dangers de la foule et de la critique rationaliste. En 1858 toutefois, après un passage par la prison de Mazas pour vol et affaires de mœurs, ce Cagliostro du XIXe siècle est discrètement chassé de France par des autorités qui cherchent à éviter le scandale.

40Toutes ces pratiques ne sont pas de même nature. Il existe un premier type de pratique qu’on pourrait qualifier de « philosophique ». C’est celui que recommande Kardec. Les participants s’adressent à des esprits célèbres (de Socrate au curé d’Ars en passant par Napoléon), dans le cadre de groupes ou de sociétés constituées, à jours et heures fixes (les esprits ayant, paraît-il, leurs habitudes) en vue d’obtenir des « révélations » sur les arcanes de la vie et de la mort. Il s’agit d’une pratique minoritaire, sans doute, mais importante parce que ce sont ces « croyants » du spiritisme qui assurent la permanence du milieu. La pratique ludique ou de curiosité est beaucoup plus largement représentée. Plus aléatoire et fantaisiste, elle concerne des gens qui veulent se divertir, qui ont des loisirs ou du temps à tuer, comme les rentiers et les militaires encasernés. Ils improvisent ensemble une réunion ou ils vont, en curieux, assister à une séance plus régulière. On y consulte ses défunts de famille mais aussi un peu tous ceux qui se présentent, au gré de l’imagination et des opportunités. La pratique thérapeutique, appelée aussi « médiumnité guérissante », se distingue mal de la pratique magnétique. Elle s’est développée à partir de 1865, autour de quelques figures de guérisseurs comme le charpentier Simonet, près de Bordeaux, ou M.Jacob, un spirite bourguignon qui était zouave au camp de Châlons, dans un contexte de tolérance relative des autorités à l’égard de l’exercice illégal de la médecine [35][35]Nicole EDELMAN, Voyantes, guérisseuses…, op.cit., p.55-56..

41La pratique de consolation enfin, liée à un deuil douloureux, représentait selon Kardec près de 60% du public.« Parlez leur, ils vous répondront !» disait-il. C’est elle surtout qui donne au spiritisme français sa coloration particulière. On « questionnait » alors ses « chers esprits » comme on « priait ses chers défunts », ou comme on « visitait ses morts ». De nombreux récits de conversion montrent que c’est généralement le sentiment d’être entré en contact avec un mort regretté (souvent des enfants) qui emporte la décision, les défunts ayant (si l’on peut dire) « les vivants à l’émotion ». Même Louis Figuier, le vulgarisateur scientifique le plus connu de l’époque, et ardent adversaire des spirites, finira pas se convertir à une sorte de spiritisme après la mort de son fils [36][36]Le quatrième et dernier volume de son Histoire du merveilleux…. Léon Favre, frère de Jules, le célèbre opposant républicain, s’est rallié à la nouvelle croyance en 1858 après être entré en contact avec sa mère et une petite sœur morte en bas-âge. Il a très bien vu du reste que le « culte des morts » de l’époque était le ressort affectif de masse qui avait permis au spiritisme de se répandre dans la société :

42

« C’est par l’amour que s’est infiltrée la nouvelle croyance, et la consolation s’est trouvée immense pour tous ceux qui pleuraient sans espoir et qui, tout d’un coup, tantôt au moyen de la table, tantôt sous la main d’un médium, ont reconnu le caractère, la personnalité, la tendresse dont ils croyaient l’expression anéantie à jamais. Les religions officielles offrent si peu de certitude, l’inconnu place avec des ténèbres si épaisses sur la vie qui succèdent au tombeau, la foi qui devrait l’illuminer repose sur des bases si fragiles, que l’annonce de la possibilité d’une communication devait produire l’effet d’une révélation, et qu’elle a conquis aveuglément tous ceux qui ont eu le bonheur de saisir un rapport qui ne fût pas en opposition trop directe avec les exigences de leur raison » [37][37]Revue spiritualiste, XII, n° 4 et 5,1869, p.98..

LA SOCIOLOGIE DU SPIRITISME

43Peut-on préciser l’ampleur et la nature de la pénétration du spiritisme dans la société française du Second Empire ? Il est pratiquement impossible d’évaluer sérieusement le nombre des spirites, sans compter qu’il y a bien des manières de participer à cette sensibilité sans être à proprement parler « spirite ». Kardec lui-même estimait leur nombre à 600000 en 1869. On peut en revanche essayer de préciser quelques caractéristiques du monde spirite [38][38]On verra l’analyse sociologique proposée par Kardec lui-même :…. Il s’agit d’abord d’un phénomène urbain. Une historienne américaine, Lynn Sharp, a même parlé de « nouvelle religion urbaine » [39][39]L.SHARP,« Fighting for the afterlife », art.cit.. Une géographie plus fine de la diffusion du spiritisme permettrait sans doute de montrer que les campagnes proches des grandes agglomérations, surtout dans les régions déchristianisées, furent également touchées. Le mouvement a commencé dans les capitales et les grandes villes avant de descendre la pyramide urbaine. En 1863, Mgr Pavy, archevêque d’Alger, explique par exemple que le spiritisme dans son diocèse affecte les villes principales, mais guère les petites agglomérations et les campagnes. Celles-ci sont restées largement en dehors : mieux tenues par le clergé, plus à l’écart des courants de la modernité, elles bénéficient déjà d’un système complet et satisfaisant de relations entre vivants et morts qui associe tacitement christianisme et traditions folkloriques. Dans ces conditions, les publicistes catholiques qui dénoncent fréquemment le retour du « paganisme » dans la société moderne, ont le sentiment d’assister à une urbanisation de la superstition :

44

« Le sorcier est très florissant, écrit Eugène Veuillot en 1864, le frère du célèbre polémiste. Si le zèle du clergé lui a fait perdre de son crédit dans les campagnes, il gagne, en revanche, du terrain dans les villes. Les journaux le recommandent et les salons lui sont ouverts. On l’écoute en affectant un sourire d’incrédulité; néanmoins, il inspire de la confiance, un peu de crainte et presque du respect. Il convient de noter que c’est surtout parmi les lettrés, les artistes et les gens du monde, ennemis du surnaturel, que le sorcier contemporain rencontre ses plus fervents adeptes. Ces esprits forts admettent les thèses de M. Renan sur les miracles de Notre-Seigneur, mais ils n’hésitent pas à croire que M. Home peut faire apparaître les morts » [40][40]« Les sorciers contemporains », Revue du monde catholique,….

45Toute la question est de savoir s’il s’agit d’une nouvelle croyance, née de la ville et des sensibilités qui s’y expriment, ou de l’importation, via l’exode rural de pratiques funéraires et thérapeutiques en usage dans les campagnes [41][41]Comme l’a bien vu Jean-Pierre CHANTIN dans son….

46Croyance urbaine sui generis ou contamination rurale des mentalités urbaines ?

47Le problème de la modernité ou de l’archaïsme des pratiques spirites est plus compliqué qu’il n’y paraît, et seule une étude précise des contextes locaux et de la composition des premiers groupes d’adeptes permettrait d’y voir plus clair.

48D’autant qu’il existe une sociabilité spirite, qui s’exprime parfois sous la forme de sociétés mutuelles, et que les groupes qui s’en réclamaient ont également constitué des lieux d’accueil et d’entraide pour tous ceux qui, comme les ruraux déracinés du quartier de la Guillotière à Lyon, étaient dans la ville sans être véritablement de la ville.

49Il s’agit ensuite d’un phénomène assez largement provincial. Il faut distinguer, de ce point de vue, les « tables tournantes » de l’hiver 1854 du spiritisme proprement dit. Les premières ont commencé à Paris dans les milieux de la bourgeoisie et de l’aristocratie mais, passé l’effet de mode, le spiritisme s’est mieux implanté en province, notamment à Bordeaux, Strasbourg, Metz, Toulouse et Lyon, véritable capitale du spiritisme français [42][42]Anne-Sophie CHAMBON, « Le spiritisme à Lyon : 1860-1920 »,… . Selon une revue spirite,

50

« les expériences sommaires, tentées entre deux tasses de thé par quelques femmes adultères et quelques jeunes prétentieux, ont suffi à la curiosité des Parisiens. Si la table faisait mine de tourner, on riait beaucoup; si, au contraire, la table ne bougeait pas, on riait encore plus fort et c’est ainsi que la question se trouvait approfondie. Il en était autrement chez la population plus réfléchie de la province » [43][43]Cité dans la Revue spirite, septembre 1866, p.271..

51En 1862, Kardec estimait à 25 ou 30000 le nombre de ses adeptes à Lyon, avec 600 groupes constitués [44][44]A.-S. Chambon les estime plutôt autour de 10000 (« Le…, 10000 à Bordeaux. Paris aurait démarré plus tardivement, vers 1864, Kardec estimant alors généreusement le nombre de ses adeptes à 100000.

52Il s’agit enfin d’un phénomène qui concerne surtout la petite bourgeoisie, les artisans et les ouvriers. Quelques groupes saillants émergent, comme les militaires (la troupe plus que les officiers), les médecins homéopathes (Kardec est un admirateur de Häneman, le fondateur de l’homéopathie), les instituteurs, encore très majoritairement spiritualistes à cette date [45][45]Les liens de Kardec avec Jean Macé et la Ligue de…, les canuts lyonnais ou les ouvriers des chemins de fer, quelques notables, hommes de loi ou avocats.

53Le spiritisme français se singularise donc par rapport à ses homologues étrangers qui sont généralement moins plébéiens : middle et upper classes en Angleterre, plus franchement aristocratique en Russie, Espagne, Autriche, Pologne. En fait, il faut distinguer là-encore la mode de l’hiver 1854, partie des hautes classes et des salons mondains, du spiritisme proprement dit dont le public est beaucoup plus démocratique. Ce qui explique en partie le mépris dans lequel savants et intellectuels l’ont tenu. Ce n’est pas un hasard, par exemple, si Flaubert fait faire du spiritisme à Bouvard et Pécuchet, petits employés parisiens devenus rentiers en Normandie.

54Il faut enfin s’interroger sur la signification religieuse du spiritisme. Parmi ses adeptes se trouvent des catholiques, des protestants, des israélites, des incrédules.

55Dans certaines familles, même dévotes, on a continué longtemps de pratiquer un spiritisme réduit aux communications avec les défunts sans trop s’inquiéter des mises en garde du clergé. Mais Kardec lui-même reconnaissait qu’il s’agissait le plus souvent de catholiques aux convictions flottantes, ou d’incrédules d’origine catholique. Les sources américaines et protestantes du spiritisme l’ont d’emblée rendu suspect au clergé catholique, en dépit des tentatives d’ouverture de Kardec.

56Le spiritisme ne prétendait pas en effet remplacer les religions existantes, et jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à sa mise à l’Index le 25avril 1864, Kardec a cherché contre toute évidence la conciliation avec l’Église catholique.

57Que le spiritisme soit né dans le monde protestant, en particulier en milieu méthodiste, n’est pas un hasard non plus :en autorisant à la marge une forme de commerce entre vivants et morts, sans grand danger dogmatique, il a pu servir de purgatoire de substitution dans une branche du christianisme qui manquait un peu de potentiel anthropologique en matière de culte des morts.

58Mais en France, on ne voit pas que les protestants s’y soient intéressés plus que les autres, à l’exception du livre du comte Agénor de Gasparin, qui est isolé et d’esprit très rationaliste [46][46]Des tables tournantes, du surnaturel en général et des esprits,…. Le lecteur de Kardec, au contraire, est frappé par les nombreux éléments désorbités de catholicisme qu’il incorpore, à commencer par le purgatoire pour lequel il professe la plus grande admiration. Le spiritisme kardéciste, dans son dernier état, est une « religion » de la prière pour les morts, des mérites et des œuvres. Son public donne donc plutôt le sentiment d’avoir affaire à des gens qui ont quitté le dogme catholique mais qui restent dans le champ magnétique de sa culture : questions, habitudes mentales et émotions [47][47]Émile POULAT, « Le catholicisme comme culture », in…. Comme s’il s’agissait pour eux de sortir à moindre frais du christianisme, en se ménageant des étapes de transition et des compensations psychiques. De là aussi sans doute la géographie très « catholique » de l’expansion du kardécisme en Europe, bloqué dans les pays de culture protestante mais bien accueilli en Italie, Espagne et Belgique.

59Allan Kardec a dit un jour du spiritisme qu’il était une « utopie du XIXe siècle », un de ces rêves de modernisation de la religion si caractéristiques de l’âge romantique.À la fin de sa vie, il a publié une bibliographie commentée qui rassemblait, dans un esprit très œcuménique, les principales doctrines religieuses du siècle qui lui semblaient avoir annoncé le spiritisme [48][48]Catalogue raisonné des ouvrages pouvant servir à fonder une…. Toutes présentent un air de famille certain, mais le destin paradoxal de l’utopie spirite ne ressort que mieux de la comparaison, dans la mesure où elle est à la fois une des plus tardives et la seule qui ait vraiment « réussi » dans la société du XIXe siècle.

60Qu’y avait-il donc de plus dans le spiritisme qui pourrait expliquer son succès ? Pas les idées religieuses en tout cas, puisque Kardec reconnaissait lui-même n’avoir rien inventé dans ce domaine. Du reste, dans un contexte marqué par l’essor d’une mentalité positiviste, nombre de ses héritiers se désintéresseront de cette partie de son œuvre pour la tirer plutôt du côté de ce que le docteur Charles Richet appellera à la fin du siècle les « sciences métapsychiques ». La clé du succès spirite réside plutôt dans le corps de pratiques simples et excitantes sur lequel Kardec a greffé son système, et dans sa capacité à apporter des consolations aux hommes et aux femmes de son temps. Le vrai ressort du spiritisme, qui lui permettra ensuite de surmonter les changements de conjoncture idéologique et intellectuelle, est d’ordre affectif. Il faut aller le chercher dans la grande tristesse collective qui fait le fond du « culte des morts » de l’époque et qui se généralise dans les années 1850, au moment où le romantisme achève de devenir un véritable état des sensibilités collectives.

61Il en résulte une demande massive de « consolation » – le mot religieux de l’époque – qui s’est exprimée simultanément par la généralisation de la religion familiale du souvenir et de la tombe, le redémarrage du culte du purgatoire et la naissance du spiritisme.

  • Guillaume Cuchet

Notes

  • [1]
    Magasin pittoresque, XVIII, juin 1850, p.192.
  • [2]
    Pour reprendre l’expression du philosophe Théodore JOUFFROY dans son article célèbre : « Comment les dogmes finissent »,Le Globe du 24 mai 1825, repris dans ses Mélanges philosophiques, Paris, 1833, p.3-29.
  • [3]
    L’expression « travail religieux » est employée par Ernest RENAN dans son grand article :« De l’avenir religieux des sociétés modernes », Revue des deux mondes, XXIX,15 octobre 1860, p.764. REVUE D’HISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE 54-2, avril-juin 2007.
  • [4]
    Christine BERGÉ, La voix des Esprits. Ethnologie du spiritisme, Paris, Métailié, 1990; Nicole EDELMAN, Voyantes, guérisseuses et visionnaires en France 1785-1914, Paris, Albin Michel, 1995; Clara GALLINI, La sonnambula meravigliosa. Magnetismo e ipnotismo nell’Ottocento italiano, Milan, Feltrinelli, 1983; Janet OPPENHEIM, The Other World. Spiritualism and Psychical Research in England, 1850-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 1985; Ann BRAUDE, Radical Spirits :Spiritualism and Women’s Rights in Nineteenth-Century America, Boston, Beacon press, 1989; Alex OWEN, The Darkened Room. Women, Power and Spiritualism in Late Victorian England, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 1990; Régis LADOUS, Le spiritisme, Paris, Labor et Fides, 1989; Lynn L. SHARP, « Fighting for the after-life : spiritists, catholics, and popular religion in nineteenth-century France », Journal of Religious History, 23-3, octobre 1999, p. 282-295; Giordana CHARUTY, « La “boîte aux ancêtres”. Photographie et science de l’invisible », Terrain, 33, septembre 1999, p. 57-80; John Warne MONROE, « Cartes de visite from the Other World :spiritism and the discourse of laïcisme in the early Third Republic »,French Historical Studies, 26-1, hiver 2003, p. 119-153; Françoise PAROT, « Honorer l’incertain : la science positive au XIXe siècle enfante le spiritisme »,Revue d’histoire des sciences,57-1,2004, p.33-63; Guillaume CUCHET, Le crépuscule du purgatoire, Paris, Armand Colin, 2005.
  • [5]
    Je retiens l’année de la mort d’Allan Kardec comme terminus ad quemde cette étude, mais on pourrait aussi bien prolonger jusqu’au fameux « procès des spirites » de 1875. Sur ce dernier épisode :Giordana CHARUTY, « La “boîte aux ancêtres” », art. cit. Deux autres « moments » spirites ressortent nettement des sources, chacun avec un profil bien caractérisé :les années 1890, dans le contexte de la réaction antipositiviste de l’époque, et les deuils de la Grande Guerre, le choc se prolongeant jusqu’au seuil des années 1920.
  • [6]
    Dans son Livre des Esprits, il avait proposé aussi « spiritain », qui n’a pas pris, sans doute à cause de l’existence de la congrégation des Pères du Saint-Esprit, qu’on appelait justement les « spiritains »!
  • [7]
    « Le spiritualisme et les spiritualistes », Revue spiritualiste, III-1,1860, p.4.
  • [8]
    Dominique KALIFA,« L’entrée de la France en régime “médiatique” :l’étape des années 1860 », in Jacques MIGOZZI (éd.), De l’écrit à l’écran, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2000, p. 39-51.
  • [9]
    Sur l’histoire de la famille Fox du village de Hydesville et les premiers pas du mouvement, on verra pour son information l’ouvrage classique de la spirite Emma HARDINGE-BRITTEN : Modern American Spiritualism :A Twenty Years’Record of the Communion between Earth and the World of Spirits, New York,1870, reprint :New Hyde Park (N.Y.), University Books,1970.
  • [10]
    On peut lire ses mémoires : Les lumières et les ombres du spiritualisme, Paris, Dentu,1883.
  • [11]
    Par l’intermédiaire notamment de la revue de M.Barthès : Le spiritualiste de la Nouvelle Orléans.
  • [12]
    Sur le spiritisme allemand :numéro spécial de l’Österreichische Zeitschrift für Geschichtswissenschaft, « Orte des okkulten », n° 4,2003, et recherches en cours de Katrin Heuser sur le spiritisme à Leipzig.
  • [13]
    Cité dans la Revue spirite, février 1867, p.44.
  • [14]
    Les morts et les vivants, Paris, 1862, p. II.
  • [15]
    « Nouveaux médiums américains à Paris », Revue spirite, février 1862, p.53.
  • [16]
    Voyage spirite en 1862, s.l., p.23.
  • [17]
    « Le spiritisme », Revue des sciences ecclésiastiques, VII,1863, p.416.
  • [18]
    Théophile GAUTIER, Spirite. Histoire fantastique (d’abord en feuilleton dans le Moniteur universel – donc le journal officiel – puis en volume chez Charpentier en 1866); Ange de KÉRANIOU, La Femme du spirite, Paris, 1866; Elise BERTHET, La double vue (feuilleton du Siècle paru entre septembre et octobre 1865); X.B.SAINTINE, La seconde vie (feuilleton paru dans le Moniteur en février 1864); Charles BARBA,L’assassinat du Pont-Rouge (feuilleton de l’Evénement en 1866); Elie SAUVAGE,Mirette, Paris,1867.
  • [19]
    L’Événement,19 février 1866.
  • [20]
    Parmi eux :A. D’ORIENT [A.VIAL ],Des destinées de l’âme, Paris, Comon,1845; Eugène PELLETAN, Profession de foi du dix-neuvième siècle, Paris, Pagnerre,1852; Louis JOURDAN (rédacteur au Siècle), Prières de Ludovic, Paris, Librairie nouvelle,1854; Jean REYNAUD, Terre et Ciel, Paris, Furne,1854; Dr RONZIER - JOLY, Les horizons du ciel, étude sur les futures destinées de l’homme, Paris, E. Dentu, 1856; Camille FLAMMARION, La pluralité des mondes habités, Paris, Mallet-Bachelier,1862; Charles LAMBERT, Le système du monde moral, Paris, Michel Lévy frères,1862; André PEZZANI,La pluralité des existences de l’âme,Paris, Didier,1865.
  • [21]
    Il s’agit de la brochure Qu’est-ce que le spiritisme ?,publiée en 1862, qui connut une diffusion très large.
  • [22]
    « Un épisode contemporain de l’histoire du merveilleux. Le spiritisme et les spirites », Revue des deux mondes, septembre-octobre 1863, p. 390.
  • [23]
    Henri SAUSSE, Biographie d’Allan Kardec, Tours, E. Arrault, 1896; Christian BOUCHET, Kardec, Puiseaux, Pardès,2003.
  • [24]
    Robert DARNTON, La fin des LumièresLe mesmérisme et la Révolution, Paris, Perrin,1984.
  • [25]
    Michel NATHAN,Le ciel des fouriéristes, habitants des étoiles et réincarnations de l’âme, Lyon, Presses universitaires de Lyon,1981; Guillaume CUCHET, « Utopie et religion au XIXe siècle. L’œuvre de Jean Reynaud (1806-1863), théologien et saint-simonien »,Revue historique, 631,2004, p.577-599. En ligne
  • [26]
    Le Ciel et l’Enfer ou la Justice divine selon le Spiritisme (août 1865), Caractère de la révélation spirite (1867), La Genèse, les Miracles et les prédictions selon le Spiritisme (janvier 1868).
  • [27]
    Jean-Pierre LAURENT, L’ésotérisme chrétien en France au XIXe siècle,Paris, L’Âge d’Homme, coll. « Politica Hermetica »,1992.
  • [28]
    Guillaume CUCHET, Le crépuscule du purgatoireop.cit.
  • [29]
    Le Livre des Esprits, Paris,1857, p.149.
  • [30]
    Sur le rapport des catholiques aux techniques : Michel LAGRÉE, La bénédiction de Prométhée. Religion et technologie, Paris, Fayard,1999.
  • [31]
    Prévisions concernant le spiritismeŒuvres posthumes,1927, p.212-213.
  • [32]
    Comme le fait remarquer Charles de Rémusat, en franc tireur de l’école éclectique, dans un remarquable article :« De la vie future », Revue des deux mondes,15 juillet 1865, p.300-328.
  • [33]
    Revue spiritualiste, VI, n° 4,1863, p.117.
  • [34]
    Les Apôtres, Paris, Lévy frères,1866, note 2, p.22.
  • [35]
    Nicole EDELMAN, Voyantes, guérisseuses…, op.cit., p.55-56.
  • [36]
    Le quatrième et dernier volume de son Histoire du merveilleux dans les temps modernes (Paris, Hachette, 1860) est entièrement consacré au spiritisme et très critique. En 1892, il publie Les Bonheurs d’Outre-Tombe chez Flammarion.
  • [37]
    Revue spiritualiste, XII, n° 4 et 5,1869, p.98.
  • [38]
    On verra l’analyse sociologique proposée par Kardec lui-même : Revue spirite, janvier 1869, p. 1-9.
  • [39]
    L.SHARP,« Fighting for the afterlife », art.cit.
  • [40]
    « Les sorciers contemporains », Revue du monde catholique, IX,74, mai 1864, p.164.
  • [41]
    Comme l’a bien vu Jean-Pierre CHANTIN dans son article :« Nizier Philippe, guérisseur lyonnais ou l’histoire d’une mythe »,Ésotérisme et religion, EPHE, section de sciences religieuses, Politica Hermetica, XVIIIe colloque international, Paris, décembre 2003.
  • [42]
    Anne-Sophie CHAMBON, « Le spiritisme à Lyon : 1860-1920 », mémoire de maîtrise, université Lyon III (dir. Régis Ladous),1989.
  • [43]
    Cité dans la Revue spirite, septembre 1866, p.271.
  • [44]
    A.-S. Chambon les estime plutôt autour de 10000 (« Le spiritisme à Lyon 1860-1920 », mém. cit., p.55-57).
  • [45]
    Les liens de Kardec avec Jean Macé et la Ligue de l’enseignement sont assez étroits.
  • [46]
    Des tables tournantes, du surnaturel en général et des esprits, Paris, Dentu,1854,2 volumes.
  • [47]
    Émile POULAT, « Le catholicisme comme culture », in Modernistica, Paris, Nouvelles éditions latines,1982, p. 58-77.
  • [48]
    Catalogue raisonné des ouvrages pouvant servir à fonder une bibliothèque spirite, Paris,1869.

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